
Le projet était un peu fou. Jugé irréalisable, et insensé. Mais Michel Corbasson a tenu bon. En arrivant en Nouvelle-Calédonie en 1954, le jeune homme, fraîchement nommé directeur du tout nouveau service des Eaux et Forêts de Nouvelle-Calédonie, a pour première mission d'arrêter les exploitations anarchiques et outrancières des forêts calédoniennes. La préservation de cette nature que l'on commence tout juste à percevoir comme exceptionnelle le préoccupe. « Il s'est surtout étonné du peu d'espaces verts que comptait la ville de Nouméa et était déjà sensible à la disparition rapide d'espèces endémiques et emblématiques comme le cagou et la perruche d'Ouvéa », explique Almudena Lorenzo, l'actuelle directrice du parc.
L'homme bataille alors pour que la ville cède au Territoire un bout de terrain sur les hauteurs de Magenta, là où subsistent encore des lambeaux de forêt sèche, végétation qui couvrait jadis toute la presqu'île de Nouméa. Ce sera chose faite le 4 décembre 1962, sur 35 hectares et pour « un franc symbolique, estime la directrice. Les travaux ont dû être pharaoniques, car il n'y avait pas de route stratégique, pas d'eau, pas d'électricité, et Michel Corbasson pensait déjà y introduire quelques animaux locaux. »

600 animaux
Celui que l'on appelle alors le «Parc forestier, zoologique et botanique des Portes-de-Fer » mettra dix ans avant d'ouvrir au public. Mais Michel Corbasson n'aura pas beaucoup de temps pour profiter du travail accompli. En 1973, il reprend le chemin de la France pour Paris. Il laisse alors le soin à la Nouvelle- Calédonie de continuer à
« collectionner » plantes et animaux pour faire du parc une véritable réserve vivante. Dans cette tâche, il avait auprès de lui Raymond Teyssandier de Laubarède, alors éleveur d'oiseaux éclairé. Le parc s'engage alors dans une frénésie d'échanges et de dons, notamment avec l'Australie, pour finir par abriter aujourd'hui une centaine d'espèces, soit environ 600 animaux, dont la moitié locaux.
Cinquante ans plus tard, ses successeurs ne le déçoivent assurément pas. « Le parc a accueilli de nombreuses espèces voisines au cours de ces quarante dernières années et certains se souviennent encore des kangourous. Aujourd'hui, nous essayons davantage de nous concentrer sur les espèces locales et, surtout, endémiques. En Nouvelle-Calédonie, quand on pense animaux, on pense avant tout aux oiseaux. Mais la faune reptilienne est extrêmement riche, rappelle Almudena Lorenzo. C'est pour cette raison que nous avons ouvert un vivarium en 2007. Il pouponne pour une bonne part des geckos et quelques espèces exotiques qui ont été ou saisies ou données par des propriétaires qui ne pouvaient plus s'en occuper. »
Petite anecdote, le parc abrite actuellement un invité bien particulier, un agame aquatique. Ce petit dragon d'eau a passé plus de deux mois en mer... enfermé dans un container !

« Nous l'avons remplumé, si je peux m'exprimer ainsi, et, aujourd'hui, il a atteint sa taille adulte. Mais si la Nouvelle-Calédonie ne compte que peu de mammifères locaux, il existe ici une centaine d'espèces de lézards, quasiment toutes endémiques. C'est une richesse insoupçonnée. »

Trois missions prioritaires
Une richesse que le parc compte faire redécouvrir à son public calédonien, même si personne ici n'a échappé à une visite, ne serait-ce qu'au cours d'une sortie scolaire. Aujourd'hui, le « parc zoologique et forestier Michel-Corbasson », progresse sous la houlette de la province Sud, au rythme de trois missions jugées prioritaires : la sensibilisation à l'environnement du public, qui reste « la raison même d'exister du parc botanique notamment » ; être une véritable vitrine de la faune et de la flore calédoniennes ; et impulser une nouvelle dynamique. Pour cela, Almudena Lorenzo peut compter sur un personnel qu'elle qualifie de dévoué. « Nous travaillons sur du vivant, alors cela ne s'arrête jamais. Mais le personnel est pour moi le véritable pilier du parc. » Un pilier sur lequel elle compte bien s'appuyer l'année prochaine pour fêter ces 50 ans de la plus belle des manières.

L'équipe du parc
D'abord avec une exposition-rétrospective dont le coup d'envoi sera donné au début du deuxième trimestre. Ensuite, en saupoudrant les programmes habituels (causeries, marchés bio, projections en plein air) d'une touche de fête. Le parc a également l'intention de lancer un concours photo et prépare sa Fête de la Nature. « La Nuit des Musées en mai sera aussi l'occasion d'une projection en plein air spéciale, et, évidemment, décembre 2012, qui est vraiment le mois anniversaire, sera la conclusion festive d'une année de célébrations. » Le « parc forestier », comme l'appellent affectueusement les Calédoniens, reste aussi l'un des poumons verts de la ville, car « il ne faut pas oublier son exceptionnelle partie botanique », et les travaux de réhabilitation et d'amélioration engagés ces cinq dernières années lui donnent aujourd'hui un véritable nouveau souffle. Un parcours exemplaire pour la première réserve terrestre de Nouvelle-Calédonie.
Parc zoologique et forestier Michel- Corbasson
Adresse : Portes de Fer 62, rue Teyssandier de Laubarède, Nouméa
Tél. (687) 27 89 51 Fax : (687) 27 89 50
Courriel : denv.
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Le parc est ouvert du mardi au dimanche, de 10 h 15 à 17 h 45 (fermé le lundi et, chaque jour à 17 heures, du 1er mai au 31 août)
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Pour en savoir plus sur le parc
Texte: Caroline Idoux
Photos: Fabrice Wenger, Martial Dosdane