A compter du 14 novembre, un nouveau terrain de jeux s’offrira aux amoureux de la nature. A seulement 1 h 30 de Nouméa, le parc des Grandes Fougères, inauguré le 7 novembre, est un modèle de gestion concertée et durable qui les comblera.
Situé sur les communes de Sarraméa, Farino et Moindou, le parc des Grandes Fougères, créé par la province Sud en avril 2008, est dédié à la randonnée pédestre ou à vélo. Des sentiers de 3 à 8 kilomètres, en réseau, permettent de composer son pro-pre circuit, de la petite promenade familiale à la randonnée sportive d’une journée, voire davantage. Depuis l’entrée du parc, au col Ouano (à Farino), la piste panoramique est l’épine dorsale du parc ; elle vous emmène vers le carrefour des trois communes, au nord, et offre de superbes points de vue sur la côte Ouest et le lagon. Le réseau de sentiers s’organise en boucles à partir de cette piste. L’ensemble s’inscrit dans l’ambiance d’une forêt humide de qualité. Les guides des Grandes Fougères sont à la disposition de ceux qui souhaitent explorer davantage ou agrémenter leur promenade d’un contenu éducatif. Ils vous raconteront l’histoire locale, vous feront découvrir les particularités des lieux, présenteront la faune et la flore endémiques. André Fochi est l’un de ces guides : «Je souhaite faire partager l’histoire de mes ancêtres, expliquer l’utilisation des plantes médicinales, faire découvrir des éléments de la vie traditionnelle kanak. Chaque promenade dans le parc peut être organisée autour d’une thématique, par exemple celle de la case, de la flèche faîtière, de l’usage des plantes ». Les neufs guides, formés en 2007 par le syndicat mixte des Grandes Fougères, se sont regroupés au sein de l’association Moinriméa. A terme, des guides équestres, également formés, vous proposeront de très belles balades à cheval.
Le parc des Grandes Fougères est une réserve spéciale de 4 535 hectares, qui comprend, à l’ouest, un secteur de 1 100 ha réservé à la chasse et, à l’est, un sanctuaire de plus de 1 000 ha où le milieu bénéfi cie d’une protection quasi-totale. Le secteur central est consacré à la promenade et à la randonnée. Son équipement inclut une signalétique d’orientation, des aires de pique-nique, des sanitaires, des aménagements de sentiers respectueux de l’ambiance forestière et, bien sûr, des commodités d’accueil (parking, bâtiment d’accueil, panneaux d’information). Les Grandes Fougères proposeront trois accès, l’un par le col d’Amieu à Sarraméa, les autres par Katrikoin pour Moindou et par le col d’Ouano pour Farino. Seul ce dernier sera ouvert dans un premier temps.
La Province et les trois communes ont misé sur un développement économique raisonné et respectueux des us et coutumes des habitants. Ainsi, le secteur réservé à la chasse permettra aux gens du cru de continuer à pratiquer ce loisir traditionnel et nourricier.
Il servira aussi à une meilleure gestion des animaux nuisibles ou, au contraire, à protéger, comme la roussette. « Nous fermerons parfois le parc pour permettre des campagnes de régulation des cerfs et des cochons qui sont de véritables fléaux. Les cerfs sont responsables d’atteintes graves à la forêt et aux sols, jusqu’à des glissements de terrain », explique Christophe Lambert, directeur du syndicat mixte. Dans une région touchée par un fort taux de chômage (jusqu’à 21 %), le parc va permettre de structurer un tourisme rural et environnemental de qualité au sein d’une région authentique : pas moins de soixante projets agricoles et touristiques s’y développent. La gestion des entrées du parc côté Sarraméa et Moindou reviendra aux habitants. Le développement de pôles d’activité à ces entrées dépendra de leur dynamisme ; ils seront toutefois épaulés par la Province et le syndicat mixte des Grandes Fougères.
Emilie Massé

Les jours et heures d'ouverture au public:
Une randonnée familiale dans les pas d’André, un des neuf guides du parc.
Rendez-vous à la mairie de Farino à 8 heures. Originaire de la tribu de Grand Couli, André est en avance. Rangers aux pieds, badge sur la poitrine, dépliants et carte du parc à la main, « le pirate » a tout prévu. Direction la « plaine aux truies », mais en bas, tourner à gauche et franchir le pont qui enjambe le creek. Ensuite, la piste, un peu rude mais praticable, grimpe sur environ cinq kilomètres jusqu’à l’ancienne scierie Germain… C’est l’entrée du parc.
Comme les huit autres guides, André a bénéficié d’une formation de deux mois. Aujourd’hui, petite balade tranquille de trois heures. Le chemin s’enfonce sous un toit de fougères arborescentes. Les grandes, de 20 mètres de haut, et l’autre variété, plus petite. Leurs jeunes tiges font de redoutables sagaies pour piquer les chevrettes. Tout autour d’elles, des centaines d’essences caractéristiques de la forêt humide : tamanou, bois dont on fait le poteau central des cases, houp, kaori, palétuvier de forêt, palmiers endémiques dont le Chambeyronia et sa feuille rouge, orchidées mauves ou jaunes… La terre s’enfonce sous la semelle.
Dessinées dans la boue, les formes massives d’un cochon sauvage qui a dormi ici. Et les empreintes d’un cerf. Dissimulé sous le feuillage, un notou rythme la progression de son cri de baryton. Ici comme ailleurs, les lantanas, bien envahissants, se sont frayé un passage : souvenir d’un cadeau de l’épouse du gouverneur Guillain à la femme du grand chef de Mahamat (Pouebo) ; heureusement, ils se cantonnent aux bords de pistes. Impossible d’observer le gecko (dont une espèce locale est la plus grande au monde) : il ne sort que la nuit. Le chemin fait bientôt place à une piste, creusée par les forçats de Téremba et bordée d’un muret. Creek Mepeou, cinq minutes de pause. De son sac à dos, André extrait barres chocolatées et boissons hygiéniques. L’ombre de la frondaison s’espace, une ancienne piste forestière démarre. Direction la rivière Houé et le fameux « cœur de Farino », sculpté par les efforts conjugués du temps et du courant. Une petite pierre, précieuse, qui fait oublier les premières gouttes de pluie.
Jean-Marc Estournès
Corinne Voisin, présidente du syndicat mixte des Grandes Fougères et maire de La Foa
« Une dynamique de développement pour la région »
« Le parc des Grandes Fougères est un projet important pour la province Sud qui en a confié la gestion complète au syndicat mixte. Il est essentiel que tous les administrés s’approprient le projet et y prennent part, en créant des tables d’hôtes, des gîtes, diverses activités. C’est le but de l’OGAF (opérations groupées d’aménagement foncier), autre mission du syndicat mixte : accompagner les habitants de Moindou, Sarraméa, Farino, autour du parc, en complé-ment des aides provinciales, pour soutenir le développement de projets économiques à leur échelle. Produire des fruits ou des fleurs, faire de la confiture, vendre des poulets fermiers, accueillir les visiteurs… Toutes ces activités, qui sortent la région de son isole-ment, s’appuient sur des savoir-faire et des traditions ; elles sont la base d’une démarche de qualité de terroir. Lors de la cérémonie coutumière du 19 juin, il y a eu beaucoup d’émotion. Les agents du syndicat mixte ont fait un travail remarquable. La présence de tous à cette cérémonie confirme une dynamique pour participer à ce grand projet. »
Henri Bloc, chef d’équipe et responsable des travaux du parc des Grandes Fougères
« Une faune et une flore préservées »
« J’aime mon métier car je participe à la préservation de la forêt. Je souhaite que la nouvelle génération connaisse une faune et une flore préservées. Je veux que mes enfants puissent connaî-tre le notou et les roussettes, comme mes parents et moi avant eux. Les gens de la région vont pouvoir aussi profiter des retombées économiques du parc. »
Bergé Kawa, grand chef de Sarraméa (au sein de l’aire Xârâcùù)
« La reconnaissance du lien à la terre »
« Le parc est une très bonne chose. C’est très important pour les populations kanak. Les clans terriens créent des micro-projets et peuvent espérer des retombées économiques. La coutume avec l’Etat et la province Sud, le 19 juin, c’est aussi la reconnaissance des clans et de leur lien à la terre. Dans notre histoire, ce lieu est l’endroit où les gens se sont rassem-blés après avoir été chassés de la plaine de Kouaoua. Ils se sont ensuite éparpillés vers le Sud et le Nord. C’est donc une part de notre identité. Nos enfants et petits-enfants doivent connaître cet endroit, l’endroit d’où ils viennent. »