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En selle vers plus d’autonomie avec Droit au Vélo

  • 14/04/2026
En Nouvelle-Calédonie, où la voiture reste le mode de transport de prédilection, d’autres alternatives plus respectueuses de l’environnement, comme le vélo, peinent à s’imposer. Depuis 2014, l’association Droit au Vélo s’engage à promouvoir cette pratique propre et économique. Moins cher que la voiture, le vélo pourrait être une solution pragmatique face aux difficultés économiques et contribuer à réduire certaines inégalités de genre. Avec l’opération « Elles en Selle », lancé dans le cadre de l’appel à projets « Objectif égalité » de la province Sud, l’association s’est donnée pour mission d’aider les femmes à se remettre en selle. Car plus qu’un moyen de transport, le vélo un outil d’émancipation, d’autonomie et d’accès à l’emploi et aux droits.
  • Sport

 « C’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas ». Cette phrase on l’entend souvent. Pourtant, une fois adultes, beaucoup ne se remettent qu’occasionnellement en selle, voire plus du tout. La voiture devient alors le mode de déplacement par défaut.

« 80% des déplacements s’effectuent en voiture, alors que plus d’un trajet sur deux fait moins de 3 km », confirme Carole Antoine, administratrice de l’association Droit au Vélo.

Certes, on voit chaque jour des vélos et quelques trottinettes électriques se faufiler entre les véhicules, mais ils sont encore peu à oser adopter un mode de déplacement doux. Si la sécurité routière reste le principal frein, d’autres obstacles persistent : le manque de confiance en ses capacités ou encore des aménagements jugés insuffisants.

Un moment de partage d’expérience pour se motiver et se redonner confiance sur un vélo.

Une alternative économique et bénéfique pour la santé

Pourtant, le vélo pourrait constituer une alternative pertinente pour des trajets courts. D’autant plus que 30% Calédoniens n’ont pas le permis de conduire.

La prédominance de la voiture engendre congestion, pollution et une inégalité d’accès, dans un contexte économique contraint où les transports en commun restent couteux pour une partie de la population.

 « Un vélo coûte environ cent fois moins cher qu’une voiture, ne consomme pas de carburant, se gare facilement et facilite l’accès à l’emploi, aux études et aux services, notamment pour les jeunes et les familles modestes », souligne Carole Antoine.

Sans compter qu’il « contribue à la santé publique, à la réduction des émissions de gaz à effet de serre et à un cadre de vie plus apaisé. C’est une alternative qui a fait ses preuves dans de nombreuses villes dans le monde. »

Trente minutes de vélo par jour réduisent les risques cardiovasculaires et le surpoids, sans oublier les bénéfices pour la santé mentale.

Lever les freins à la pratique du vélo

 L’association œuvre à lever les freins à l’usage du vélo en sensibilisant les acteurs publics en charge de l’aménagement du territoire. Elle mène des campagnes de comptages des cyclistes afin de disposer des données fiables et déploie l’enquête nationale Baromètre Vélo sur le territoire.

Plusieurs aménagements proposés par Droit au Vélo et ses partenaires ont été lauréats du budget participatif de la province Sud : sécurisation du rond-point de l’Eau Vive, liaison entre Doniambo et Ducos, raccourci vélo entre Poé et Deva, passerelle vélo sur la traversée de la Dumbéa, ou encore piste cyclable entre l’ancien péage de Tina et l’échangeur de Normandie.

Pour lever les appréhensions, l’association organise des ateliers de remise en selle et des programmes comme « Elles en Selle », lauréat de l’appel à projets « Objectif égalité » lancé par la province sud. Elle intervient aussi dans les établissements scolaires avec le dispositif « Savoir rouler dans les écoles ».

Sur le plan économique, les initiatives ne manquent pas : « Nous proposons des ateliers d’autoréparation pour les réparations simples, nous apprenons aux personnes à entretenir leur vélo et organisons des bourses aux vélos pour s’équiper à moindre coût. »

 « Elles en Selle »

 En Nouvelle-Calédonie, 28% des foyers du Grand Nouméa n’ont pas de véhicules, une proportion qui peut atteindre 50% dans certains quartiers.

Carole Antoine précise : « Derrière ces chiffres, ce sont majoritairement des femmes : moins motorisées, plus dépendantes de transports collectif, plus exposées au harcèlement dans l’espace public. Lorsqu’il s’agit de se lancer à vélo sans infrastructures sécurisées, ce sont elles qui renoncent en premier. Ce n’est pas un manque de courage, c’est une réponse rationnelle à un environnement inadapté. Résultat : entre 15 et 20% des cyclistes du quotidien sont des femmes. »

 C’est ce constat qui a donné naissance en 2024 au projet « Elles en Selle ». « Parce que le vélo n’est pas qu’un moyen de transport : c’est un outil d’émancipation, d’autonomie, d’accès à l’emploi et aux droits »

Les ateliers proposent une remise en selle, autoréparation et temps d’échanges. Cet espace permet aux femmes de reprendre confiance, de se réapproprier l’espace public et de découvrir une liberté de mouvement souvent inédite.

Au-delà, l’association revendique une démarche plus large : « C’est une démarche politique, au sens noble du terme : ouvrir le débat, interpeller et convaincre les décideurs d’intégrer le genre dans leurs politiques publiques de mobilité. Là où les femmes pédalent librement, c’est que la société a changé. Nous voulons contribuer à ce changement, à notre échelle. » 

Un beau succès pour l’atelier « Elles en Selle », le 28 mars au Mont-Dore.

 Info : prochain atelier le 23 mai 2026, en savoir plus sur la page fb Droit au vélo NC


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