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89 Les îlots coralliens : habitats de nidification plus frais et cibles prioritaires pour la gestion du risque de féminisation des populations reproductrices de tortues marines. Les tortues marines forment un groupe taxonomique de reptiles ovipares qui présente une détermination du sexe dépendante de la température au cours de l’incubation des œufs. Plus les températures sont élevées, plus il y aura de nouveau-nés femelles. Cette plasticité phénotypique singulière compromet fortement leur capacité d’adaptation dans un contexte de réchauffement climatique mondial, car la hausse des températures pourrait ainsi induire un important déficit de mâles reproducteurs, menaçant ainsi fortement la pérennité des populations dans les cas les plus extrêmes. La température des nids est en partie influencée par la géomorphologie des habitats de ponte, et notamment par la couleur du substrat qui y est retrouvé. De nombreuses études ont été réalisées afin de déterminer l’équilibre sexuel des nouveau-nés des tortues marines. Cependant, peu d’entre elles ont comparé les conditions thermiques d’incubation retrouvées sur une diversité représentative d’habitats de ponte utilisés par une même population reproductrice, ce qui pourrait induire un biais d’évaluation préjudiciable. Ici, nous nous proposons d’étudier les profils de température enregistrés dans les nids de deux zones de ponte utilisées par une unique population tortue caouanne en Nouvelle-Calédonie, mais qui présentent des caractéristiques d’habitat de nidification fortement contrastées. Les températures enregistrées sur les îlots coralliens du Grand Lagon Sud étaient significativement plus fraiches que celles enregistrées sur la plage côtière de la Roche Percée, avec une différence moyenne de 2,97°C. Alors qu’il est attendu que la quasi-totalité des nouveau-nés provenant de la Roche Percée soient des femelles, la proportion de femelles et de mâles est relativement bien équilibrée chez les nouveau-nés issus du Grand Lagon Sud. Ainsi, nous en déduisons que les habitats de ponte localisés sur des îlots coralliens contribuent à soutenir une production de mâles significative à l’échelle de la population reproductrice, atténuant ainsi les effets délétères de l’augmentation des températures sur l’équilibre sexuel de la population à long-terme. Nous recommandons donc un renforcement local des mesures de gestion pour ces sites de ponte insulaires à fortes valeurs de conservation. Ces résultats soulignent également la pertinence de la mise en œuvre d’un suivi exhaustif des conditions thermiques d’incubation retrouvées au sein des zones de ponte afin d’apporter un éclairage intégré et complet sur les stratégies de gestion.

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