140 internationale des gestionnaires territoriaux à engager une stratégie de gestion ambitieuse. Les deux zones de ponte, localisées en province Sud, sont séparées par 150 km et présentent des habitats de ponte ainsi que des sources et intensités de menaces très différents. Ce contexte singulier interroge sur le ou les périmètres stratégiques de gestion à considérer pour assurer une protection optimale des zones de ponte. Compte tenu des évidentes limitations de ressources mobilisables pour la protection des tortues marines, et donc de l’incapacité à développer un effort de conservation maximal sur l’ensemble des sites, il apparaît important de déterminer si les populations reproductrices appartiennent à une unique ou deux unité(s) de gestion. En d’autres termes, il s’agit de définir s’il existe ou non un flux d’individus entre les deux populations en nombre suffisamment important pour considérer que les deux segments de populations forment un ensemble démographiquement homogène. Pour ce faire, nous avons ici cherché à caractériser la connectivité entre la Roche Percée et le GLS. Les résultats de cette étude revêtent une grande importance en termes d’implications de gestion, car ils peuvent largement influer sur la définition des actions de conservation prioritaires et/ou sur leurs périmètres géographiques d’application. L’utilisation conjointe de trois outils méthodologiques nous a permis de générer une bonne compréhension de l’intensité de la connectivité entre des deux zones à différentes échelles temporelles (Figure 30). Les résultats du suivi satellitaire et de la méthode de marquage n’ont pas permis de mettre en évidence d’échange de femelles entre les deux zones sur la période de l’étude. Nous en avons conclu que les femelles faisaient preuve d’une grande fidélité à leur site de ponte, probablement influencées par des comportements philopatriques à fine échelle. En revanche, l’analyse des marqueurs génétiques biparentaux a permis d’établir que les populations retrouvées à la Roche Percée et dans le GLS appartenaient à un stock génétique homogène. Cela implique un flux suffisamment important entre les deux zones pour que les populations soient génétiquement identiques. Si les différentes méthodes employées suggèrent des tendances antagonistes, elles n’en sont pas pour autant contradictoires puisqu’elles illustrent des phénomènes intégrés sur des échelles temporelles très différentes (intra/inter-saisonnier versus inter-générationnel). Compte tenu des précédentes conclusions, nous en avons déduit que ce flux génétique entre les deux zones est principalement assuré par les mâles à travers des comportements d’accouplement opportunistes au cours de leur migration et de la saison de reproduction. Une autre piste à creuser pour valider nos interprétations serait de baliser des mâles, ce qui n’a pas été réalisé dans cette étude pour des raisons logistiques et réglementaires. Un déploiement pourrait en effet nous permettre de caractériser le comportement de déplacement des mâles adultes en période de reproduction et ainsi de tester l’hypothèse d’une connectivité assurée par ces mâles entre les zones de ponte.
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