145 Pour tenter d’apporter de nouveaux éclairages sur cette problématique, nous avons mis en œuvre dans cette partie de l’étude un protocole permettant de caractériser et de comparer les conditions thermiques d’incubation retrouvées simultanément sur les deux zones de ponte. Les résultats obtenus nous ont permis de valider notre hypothèse initiale, puisqu’il a été établi que les nids du GLS sont en moyenne plus frais de 2, 97°C (± 0,83) que les nids de la Roche Percée. Cette différence considérable a été imputée aux différences géomorphologiques des habitats de ponte, mais un renforcement du nombre de thermomètres déployés, en particulier sur la zone du GLS, est nécessaire pour mieux appréhender ce phénomène. L’utilisation de modèles prédictifs nous ont alors permis d’estimer que le GLS produisait un nombre important de nouveau-nés mâles, contrairement au site de ponte de la Roche Percée qui ne produit quasiment que des femelles. Les résultats du chapitre 2 montrent qu’une fois atteint l’âge adulte, ces mâles pourraient contribuer à la reproduction avec les femelles fréquentant les zones de ponte de la Roche Percée et du GLS. On note que les modèles utilisés pour déterminer les proportions de mâles et de femelles chez les nouveau-nés dans cette étude ne sont basés que sur la température moyenne au second tiers de l’incubation ou la durée de l’incubation totale. Or des modèles plus précis existent, et permettraient de générer une information moins approximative des équilibres femelles/mâles. Pour ce faire, des données supplémentaires pourraient être collectées à l’avenir comme le nombre d’œufs dans les nids étudiés, la fenêtre temporelle précise au cours de laquelle se produit l’étape de différenciation des gonades, le taux de survie des embryons à des températures mesurées, ou encore en précisant la relation entre la proportion de mâles et la température du nid lorsqu’elle est maintenue constante pendant l’incubation (Fuentes et al. 2024). La température joue également un rôle central sur le succès d’incubation, d’émergence et sur le fitness des nouveau-nés. Au vu des disparités de températures importantes entre les zones de la Roche Percée et du GLS, un vrai intérêt de recherche et de conservation se dégage autour de la caractérisation de ces paramètres sur les deux zones de ponte, ce qui pourrait être faire l’objet d’une nouvelle étude à l’avenir. Nos résultats suggèrent toutefois un important rôle tampon de l’habitat de ponte du GLS dans un contexte de réchauffement climatique, en permettant un rééquilibrage naturel du déficit de mâles observé sur la plage de la Roche Percée. La zone pourrait ainsi incarner un potentiel de résilience pour les populations à l’avenir. Les implications de conservation sont importantes, et des recommandations de gestion ont été communiquées aux gestionnaires de la province Sud en faveur du renforcement des restrictions d’accès sur les principaux sites de ponte du GLS afin d’assurer la pérennisation des populations de caouannes à l’échelle provinciale sur le long terme (chapitre 4).
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