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Femmes d’influences 2026

Le numérique, ce sont des métiers pour tous les profils, tous les niveaux d’études, et pour répondre aux grands défis de notre époque. Loin des clichés, ce secteur ne se limite pas au code ou aux écrans : il permet d’agir concrètement sur le monde qui nous entoure.

Grâce au numérique, on développe des solutions pour protéger les océans (blue tech), préserver l’environnement (green tech), améliorer l’accès aux services, à l’éducation ou à la santé (social tech), mais aussi pour innover grâce à la science et à la recherche (deep tech), notamment dans les domaines de la data et de l’intelligence artificielle. Le numérique est ainsi un levier puissant pour comprendre le monde, innover et transformer la société, à l’échelle locale comme mondiale.

Contrairement aux idées reçues, il n’existe pas un seul parcours pour travailler dans le numérique. On peut s’y orienter après le bac, avec des formations courtes ou longues, en lycée professionnel, en BTS, à l’université, en école d’ingénieurs… ou en créant son propre projet. On y trouve des métiers techniques, mais aussi des rôles liés à la gestion de projets, au droit, à la cybersécurité, à la data, à la formation ou à l’accompagnement des usages numériques.

Dès les débuts de l’informatique, des pionnières comme Ada Lovelace, première programmeuse de l’histoire, Grace Hopper, à l’origine des premiers langages informatiques, Katherine Johnson, surnommée l’« ordinateur humain » de la NASA, ou encore Hedy Lamarr, inventrice d’une technologie à la base du Wi-Fi, ont joué un rôle essentiel. Nous devons aussi aux travaux de Karen Spärck Jones les bases des moteurs de recherche, tandis que Sophie Wilson conçoit l’architecture des processeurs ARM, technologie garantissant autonomie, puissance et compacité de nos smartphones. Si leurs contributions ont longtemps été invisibilisées, elles sont pourtant fondatrices du numérique tel que nous le connaissons aujourd’hui.

À travers cette série de portraits, découvrez des personnes aux parcours variés qui montrent que le numérique, en Nouvelle-Calédonie aussi, est un secteur ouvert, accessible et porteur de sens.

Leurs témoignages montrent une chose essentielle : le numérique est un secteur vivant, en constante évolution, où chacun et chacune peut trouver sa place, selon ses envies, ses compétences et ses valeurs.

Dans cette dynamique, des initiatives nationales, comme le programme TechPourToutes, contribuent à ouvrir davantage ce secteur et à encourager la diversité des parcours, en donnant aux filles les clés pour s’y projeter et y évoluer.

Parmi les portraits présentés, un aperçu de personnes qui changent le monde, gardiennes du système, expertes de la data, cheffes de projet ou encore entrepreneuses…

Et si le numérique était, tout simplement, un espace pour imaginer et construire le monde de demain ? Ce secteur en recherche de potentiels n’attend peut-être que VOUS !

Crédit photo : Judith Rostain

Elles changent le monde

(Social tech / inclusion / services utiles au territoire)

Le numérique, ce n’est pas juste des écrans. C’est un outil pour agir au quotidien !

Mélanie Gault

Entrepreneuse et vulgarisatrice du numérique

Mélanie a un parcours atypique dans le numérique. Après un bac scientifique, un DUT informatique et des études d’ingénieure avec spécialisation génie logiciel, elle construit pendant plus de quinze ans une solide expérience « dans la salle des machines » : administration de bases de données, systèmes informatiques, architecture technique, gestion de projets et d’équipes, développement de stratégies complexes. Cette immersion à 360° lui donne une vision complète des technologies et de leurs enjeux.

Puis une évidence s’impose : le besoin de partager toute cette expertise la pousse vers l’entrepreneuriat afin de rendre la technologie accessible. Avec le temps, elle réalise que ce qui la motive le plus n’est pas seulement la technique, mais la capacité à la rendre compréhensible. Savoir « coder » une relation humaine est aussi important que de savoir coder en Python. Elle aide les organisations et les particuliers à mieux s’approprier le numérique. Consultante stratégique, experte des outils collaboratifs et vulgarisatrice, elle accompagne entreprises et utilisateurs pour transformer des sujets complexes en solutions simples et utiles au quotidien.

À travers ses formations, ses contenus en ligne et ses accompagnements, elle agit aussi contre la fracture numérique et aide chacun à devenir plus autonome face aux technologies.

Son message aux jeunes : Ose, explore, trompe-toi et, surtout, amuse-toi !

« La curiosité n’est pas un défaut, c’est un super-pouvoir. On nous pousse souvent à choisir une seule case, un seul chemin. Mais la vie, et surtout la tech, est tellement plus riche quand on ose explorer. N’aie pas peur de ne pas être parfaite.

Le monde du numérique est un cycle infini d’essais, de bugs et d’améliorations. Un bug n’est pas un échec, c’est une information précieuse pour faire mieux la prochaine fois. »

Fanny Kuhn

La fondatrice de Rendezvous.nc

Elle débute par un bac pro commerce, en alternance à la CCI, puis poursuit avec un BTS commerce international au lycée Lapérouse, marqué par un stage de quatre mois à Sydney auprès d’une designer, à l’origine de l’entreprise David Jones. Elle y découvre le monde de l’entrepreneuriat. Elle prolonge cette expérience par une année en Australie en working holiday pour renforcer son anglais et son ouverture à l’international.

À seulement 20 ans, elle saisit l’opportunité des Jeux du Pacifique de 2009 pour créer sa première entreprise, spécialisée dans les objets publicitaires. En développant une activité d’import-export et en parcourant les salons asiatiques, elle structure rapidement son entreprise. À 25 ans, elle renforce ses compétences avec un master en management à l’ESSEC Business School Nouvelle-Calédonie. Après plusieurs années de développement, elle revend sa société et se lance dans une nouvelle aventure entrepreneuriale.

En 2019, elle crée la startup rendezvous.nc, lauréate du prix de l’innovation. Son projet : une plateforme de prise de rendez-vous en ligne inspirée de Doctolib. Son objectif : simplifier le quotidien des professionnels et des usagers dans de nombreux secteurs (santé, bien-être, services). Malgré des débuts marqués par des réticences face au numérique, elle impose progressivement son outil auprès des entreprises et des patentés, aujourd’hui déployé au niveau régional et enrichi de services comme une plateforme téléphonique, le prépaiement ou des solutions intégrant l’intelligence artificielle.

Son message aux jeunes : La persévérance, c’est une clé !

« Il n’y a pas de secret : il faut foncer, travailler et ne jamais abandonner. Croyez en vos idées, même quand personne n’y croit encore. »

Tania Richmond

Maîtresse de conférences en informatique à l’Université de la Nouvelle-Calédonie (UNC)

Enseignante-chercheuse, elle partage son temps entre l’enseignement et la recherche. Elle forme les étudiantes et étudiants en informatique, les accompagne dans leurs projets et leurs choix d’orientation, et sensibilise différents publics aux enjeux de la cybersécurité. En parallèle, elle mène des travaux en cryptologie et en cybersécurité, avec pour objectif de sécuriser les données et les communications de demain.

Après un baccalauréat scientifique au lycée Jules Garnier en 2006, elle poursuit une licence Mathématiques et Informatique à l’UNC, qu’elle obtient en quatre ans en raison de difficultés familiales. Elle poursuit ensuite en master cryptologie et sécurité informatique à Bordeaux, puis en doctorat en informatique. Son parcours académique lui offre l’opportunité de découvrir l’enseignement dès ses stages de master Recherche. En 2017, elle intègre en tant que chercheuse l’INRIA — Institut National de Recherche en Sciences et Technologies du Numérique — puis, en 2020, la Direction Générale de l’Armement au ministère des Armées. Cette expérience la conduit à travailler en étroite collaboration entre industriels et académiques. L’envie de retrouver sa famille et l’ouverture d’un poste de maître de conférences à l’UNC en 2023 signent son retour en Nouvelle-Calédonie.

À travers son métier, elle contribue à former les futures générations du numérique et à faire avancer la recherche sur des enjeux essentiels de sécurité.

Son message aux jeunes : Ne pas baisser les bras — même si ça prend du temps, si on se donne les moyens, on peut y arriver.

« Les obstacles font partie du parcours : même redoubler n’est pas un échec. Avec du travail et de la persévérance, on avance toujours. Et pour progresser, construisez des bases solides : mathématiques, culture générale et équilibre au quotidien. »

Tina Nak

Cheffe de projet MOE

Originaire du Cambodge, Tina Nak grandit à la campagne auprès de ses grands-parents dans un milieu modeste. Enfant, elle rêve de changer sa vie et celle de sa famille. En 2017, elle arrive en Nouvelle-Calédonie sans parler un mot de français. Pour rester auprès de sa mère et encouragée par son beau-père, elle trouve sa voie dans l’informatique, un secteur d’avenir.

Elle apprend le français au CREIPAC tout en poursuivant ses études : DUT Métiers du Multimédia et de l’Internet, puis licence professionnelle en alternance à la CAFAT. Déterminée, elle reprend ensuite une licence MIAGE et effectue un stage à la province Sud, qui lui propose rapidement un contrat tout en finançant son master. Dynamique, elle se lance également dans l’aventure Pépite NC, un dispositif qui permet aux étudiants de découvrir le défi de l’entrepreneuriat. Leur projet Wasa, plateforme de transport local, remporte le 3e prix de cette édition.

Aujourd’hui, elle est développeuse d’applications à la province Sud, cheffe de projet maîtrise d’œuvre (MOE). Elle conçoit et développe des applications pour répondre aux besoins des agents et des usagers, en participant à la conception, au développement et à l’amélioration des outils numériques.

Elle travaille notamment sur des projets visant à structurer et améliorer les développements, comme la mise en place de composants et de fonctionnalités réutilisables pour faciliter le travail des équipes et améliorer la qualité des applications de la collectivité.

Son message aux jeunes : La ténacité

« Pas besoin d’être un génie ni d’avoir grandi dans cet univers. Avec du travail et de la persévérance, chacun peut trouver sa place. La peur fait partie du chemin : ressentez-la, mais avancez malgré tout. »

Les gardiennes du système

(Infrastructures / réseaux / fiabilité)

Elles protègent les données, sécurisent internet, et évitent les bugs.

Alice Dalgleish

Responsable de la sécurité des systèmes d’information (RSSI), OPT

Calédonienne, Alice Dalgleish est un pur produit de l’école publique. Poussée par ses professeurs, elle ose construire un parcours académique ambitieux. Après un bac économique et social (ES), elle poursuit ses études à Sciences Po Paris, où elle se spécialise en économie et sécurité.

Elle débute sa carrière en métropole comme consultante puis cheffe de projet, travaillant notamment sur des programmes liés aux politiques publiques et aux systèmes d’information. Au cours de cette première expérience professionnelle, et grâce à l’accompagnement de son manager et grâce à beaucoup d’autoformation, elle développe une expertise en cybersécurité. Investie au niveau associatif, elle y occupe le poste de Déléguée générale adjointe d’une organisation promouvant un numérique résilient, souverain et innovant.

Cette expatriation en métropole lui a permis de s’ouvrir l’esprit, faire des rencontres, découvrir des cultures, et s’éveiller à une curiosité constante et nécessaire dans le secteur du numérique.

Revenir en Nouvelle-Calédonie était une évidence. Aujourd’hui, elle est responsable de la sécurité des systèmes d’information (RSSI) à l’OPT. Son rôle consiste à définir et piloter la politique de sécurité informatique et d’améliorer la sécurité technique de l’OPT. Du télécom au bancaire, l’enjeu est de proposer une politique pragmatique, adaptée aux enjeux de chaque secteur, mais surtout d’accompagner le développement d’un environnement de travail en toute sécurité. Dans un domaine où les menaces évoluent chaque jour, son challenge : sensibiliser les équipes aux bonnes pratiques, anticiper les risques et renforcer en permanence la sécurité des infrastructures numériques.

Son message aux jeunes : Partez vers de nouveaux horizons numériques pour mieux revenir sur notre caillou

« Soyez curieux, ouvrez-vous au monde et osez partir à l’étranger pour mieux revenir : ces expériences élargissent les perspectives, stimulent votre créativité et créent des opportunités.

Le numérique offre une grande diversité de métiers et de parcours. Entretenez votre appétence pour les mathématiques et développez vos réseaux professionnels. Cela vous servira tout le temps :  trouver un stage, un emploi, des collaborations pour des projets.»

Karen Kartono

Product Manager

Karen Kartono est Product Manager au sein de la Direction des Systèmes d’Information et du Numérique (DSIN) de la province Sud. Après un baccalauréat scientifique au lycée Michel Rocard de Pouembout, elle poursuit deux années de classe préparatoire au lycée Jules Garnier avant d’intégrer l’École Supérieure des Technologies Industrielles Avancées (ESTIA), en métropole. Elle y obtient un diplôme d’ingénieure en conception numérique et innovation, complété par un Master of Science en Software Engineering. Elle débute sa carrière chez Koniambo Nickel SAS comme ingénieure procédé affinage, puis ingénieure production. En 2021, elle rejoint la province Sud comme cheffe de projet maîtrise d’ouvrage au pôle éducatif, avant de devenir Product Manager en 2024.

Son métier consiste à imaginer et piloter des outils numériques utiles au quotidien. Comme une cheffe d’orchestre, elle analyse les besoins des équipes, comprend leurs difficultés et travaille avec développeurs et utilisateurs pour concevoir des solutions efficaces. Son objectif : transformer des besoins concrets en outils numériques qui facilitent le travail et améliorent les services rendus aux administrés.

Son message aux jeunes : La curiosité avant tout

« Oui, l’école est importante. Mais la curiosité l’est tout autant. Les activités extrascolaires, les passions et les projets personnels sont essentiels : ce sont eux qui nous aident à découvrir ce que l’on aime vraiment et ce qui nous motive. En essayant, en expérimentant et parfois en changeant de direction, on construit son parcours.

Dans le numérique, les possibilités sont infinies : à chacun d’inventer son chemin. La curiosité et l’envie d’explorer comptent autant que les études. »

Tamara Pitault

Technico-commerciale chez Nautile, fournisseur d’accès Internet, spécialisée en cybersécurité

Initialement destinée à une carrière en archéologie, Tamara suit un parcours universitaire jusqu’au master. De retour en Nouvelle-Calédonie, elle ne trouve pas d’emploi dans son domaine et s’adapte en travaillant dans le commerce, puis se lance dans l’achat et la vente d’œuvres d’art à l’international. Engagée régulièrement dans l’humanitaire en Asie, sur des missions allant de la construction d’une maison à la réinsertion d’animaux dans leur environnement naturel, elle développe autonomie et capacité d’adaptation. La crise du Covid marque un tournant et l’amène à se réinventer.

En 2021, sans formation technique, son profil atypique, sa curiosité et son envie d’apprendre convainquent Nautile, fournisseur d’accès Internet, qui la recrute et la forme sur le terrain au métier de technico-commerciale. Son rôle : accompagner les clients, paramétrer les équipements, les conseiller sur les accessoires pour optimiser leurs usages et leur connexion, et les dépanner.

En 2023, poussée dans l’aventure par une amie, elle découvre la cybersécurité en participant au Hackagou, un événement d’OPEN NC. Sans expérience préalable, elle se lance dans les défis, développe ses compétences en résolution d’énigmes et en sécurité informatique, et y prend goût. Son équipe remporte plusieurs formations en cybersécurité, qu’elle complète ensuite grâce à une formation financée par son employeur. Cette expérience fait naître une nouvelle vocation qu’elle met pleinement à profit dans son quotidien professionnel.

Son message aux jeunes : La curiosité, le meilleur des alliés

« Le numérique est un vrai tremplin et pose le cadre des métiers d’avenir. Ta curiosité vaut plus que n’importe quel stéréotype : si tu te demandes comment ça marche, tu as ta place dans la tech. »

Zoé Thivet

Testeuse de logiciels

Zoé Thivet, 33 ans, a un parcours inattendu vers le numérique. Après un bac littéraire avec options arts plastiques et latin, elle poursuit en prépa littéraire puis en master en sciences de l’information. Rien ne la destinait à l’informatique. Pourtant, en parallèle de ses études, elle commence à créer de petits programmes et développe peu à peu un goût pour ce domaine. Lorsqu’elle découvre une offre d’emploi d’« ingénieure test et validation » ouverte aux débutants, avec une formation à l’appui, elle tente sa chance… et est recrutée. Considérant au départ cette expérience comme un possible tremplin vers d’autres domaines, celle qui voulait se lancer dans le développement se découvre une passion pour ce domaine, incroyablement vaste, offrant des opportunités d’exploration et de créativité énormes. Installée en Nouvelle-Calédonie depuis dix ans, elle exerce aujourd’hui ce métier — ingénieure test applicatif — au sein de la société Hightest.

Son rôle : vérifier la qualité des logiciels, sites web ou applications développés par des équipes parfois très nombreuses. Elle traque les bugs, comme dans une « chasse au trésor bien organisée ». À l’heure du tout-numérique, la qualité logicielle peut éviter des catastrophes, des pertes d’argent et, surtout, sauver des vies. Pour l’assister dans ses tests, elle développe aussi des automates capables de reproduire des tests, de multiplier les scénarios et d’aller encore plus vite. Son métier est à la fois technique et humain.

Son message aux jeunes : Une invitation à la curiosité

« Todo sirve. » Tout ce que l’on apprend sert un jour, même quand cela nous paraît trop théorique. Et comme mon père le disait – il avait raison – : « Le métier que tu vas exercer n’existe peut-être pas encore. »

Les expertes de la DATA

(Analyse de données / innovation scientifique / recherche et cybersécurité )

Elles transforment des chiffres en solutions concrètes

Houy-Sy Thao

Chargée de mission modernisation

Enfant, elle rêve d’être dessinatrice puis artiste. Encouragée par une professeure à viser plus loin dans les sciences, elle intègre l’Institut National des Sciences Appliquées (INSA) de Lyon. Cette école d’ingénieurs, ouverte sur la culture, lui permet d’apprendre le mandarin et de faire un échange à Singapour pendant un an durant ses études. Diplômée ingénieure spécialisée en télécommunications, elle rejoint à 22 ans le service informatique du gouvernement, avant de réussir un concours sur titre et d’intégrer la fonction publique.

Au fil de sa carrière, elle pilote des projets numériques à fort impact. En 2019, elle devient responsable Data à la DINUM et lance le Pacific Dataviz Challenge, un événement rapidement reconnu à l’international, valorisant dans la région Pacifique l’usage des données comme outil de connaissance, de vulgarisation et d’aide à la décision.

Aujourd’hui chargée de mission modernisation à la Direction des affaires juridiques, elle pilote des projets visant à améliorer les outils et les pratiques grâce au numérique, sur une matière nouvelle pour elle : le droit. Parmi eux : des supports de formation, la création d’une ressourcerie juridique pour l’interne et l’externe, et la refonte de la plateforme Juridoc — autant d’axes de travail qui permettront d’améliorer le fonctionnement de la direction et d’optimiser la mobilisation des juristes sur les besoins en expertise de haut niveau.

L’art fait toujours partie de son parcours personnel. Elle a eu l’occasion de contribuer à des projets culturels prestigieux, notamment au Festival d’Avignon et à des collaborations artistiques à l’international, dans la danse notamment.

Son message aux jeunes : Bossez et persévérez

« Le numérique est partout et les métiers sont très variés. Soyez curieux, explorez et travaillez avec persévérance : les opportunités arrivent à celles et ceux qui se donnent les moyens de réussir. »

Anne-Laure Dotte

Linguiste et créatrice de solutions numériques

Anne-Laure Dotte, 40 ans, est calédonienne. Après une scolarité à Nouméa (école Paul-Boyer, collège de Magenta, lycée Blaise-Pascal), elle choisit d’étudier les sciences du langage. Après sa thèse de doctorat qui porte sur les changements dans la langue iaai d’Ouvéa, elle rejoint l’Université de la Nouvelle-Calédonie comme enseignante-chercheure en linguistique océanienne, où elle forme aujourd’hui les étudiantes et étudiants de la licence Langues et Cultures Océaniennes.

Elle aime se définir comme une mécanicienne des langues : elle analyse leur fonctionnement, les sons, la formation des mots et la construction des phrases afin de mieux comprendre l’histoire, les influences et les transformations des langues, en particulier des langues Kanak.

Depuis 2025, elle coordonne un programme de recherche de 3 ans, financé par l’Agence Nationale de la Recherche, intitulé DiKaLa : des outils numériques pour les langues Kanak. Convaincue des potentiels offerts par le numérique pour les langues locales, avec son équipe, elle développe des outils qui visent à conserver des ressources linguistiques (archives, documents, enregistrements) et à créer de nouveaux outils pour les faire vivre et les transmettre. Parmi les projets en cours notamment : la création d’un dictionnaire multilingue numérique (en ligne, gratuit et participatif) et le développement d’agents conversationnels pour valoriser et transmettre ces langues.

Son message aux jeunes : Même si ce n’est pas votre secteur de prédilection, le numérique peut être un tremplin.

« Les langues et les cultures sont toujours en mouvement. Le numérique peut être un formidable outil pour les préserver, les partager et les faire vivre. »

Delphine Mallet

Fondatrice de la startup VISIOON

Delphine a construit un parcours à la croisée de la science, de l’innovation et du numérique. Après des études scientifiques et un doctorat consacré aux écosystèmes marins, elle développe progressivement une expertise dans les technologies appliquées à la médiation scientifique et à l’environnement. Ses stages, ses expériences de recherche, ses collaborations scientifiques, ses participations à des salons internationaux sur l’innovation technologique et à de grands événements comme VivaTech à Paris ou le Consumer Electronics Show de Las Vegas nourrissent son engagement dans la création d’outils basés sur la vidéo et l’intelligence artificielle au service de la médiation scientifique et de la conservation marine.

Elle fonde alors VISIOON, une startup calédonienne qui développe Pictum, un dispositif interactif utilisant la vidéo et l’intelligence artificielle pour identifier en temps réel les espèces dans les aquariums, musées ou espaces naturels. Cette technologie permet d’offrir aux visiteurs une expérience pédagogique et immersive, tout en collectant des données utiles à la recherche et à la conservation.

À travers ses projets qui rayonnent à l’international, Delphine utilise l’innovation numérique comme levier pour rapprocher le public de la science et sensibiliser à la protection de la biodiversité.

Son message aux jeunes : Tout se construit avec travail, rigueur et persévérance

« Rien n’est impossible. Les métiers et les expertises se construisent au fil des rencontres et des expériences. Foncez, expérimentez et surtout prenez du plaisir : si j’ai réussi, tout le monde peut le faire. »

Les boss du projet

(Gouvernance / architecture / gestion de projet / droit)

Le numérique a besoin de stratégie et de vision

Auriane Desmazures

Directrice adjointe des télécommunications, OPT

Toute petite, elle rêve de devenir chirurgienne. Par la suite, ce sont plus largement les sciences qui la passionnent. Après un baccalauréat scientifique, elle s’oriente vers une classe préparatoire d’ingénieur afin de garder un maximum de portes ouvertes pour son orientation professionnelle. Elle réussit plusieurs concours de grandes écoles et choisit finalement le domaine des télécommunications, un secteur qui attise sa curiosité. Grâce à une bourse d’affectation spéciale de la Nouvelle-Calédonie finançant ses études, une fois diplômée de son école d’ingénieur à Paris, elle revient sur le territoire en 2008 et intègre l’OPT.

Elle débute comme cadre technique sur les réseaux Internet. Deux ans plus tard, elle manage une équipe d’une dizaine de personnes en charge des réseaux de transport, c’est-à-dire les réseaux qui acheminent les services fixe, mobile et Internet sur le territoire, via la fibre et le réseau hertzien. De 2014 à 2022, elle dirige la section cœur mobile, responsable des équipements permettant aux téléphones mobiles des échanges de type appels, SMS et connexion Internet.

Depuis 2022, au sein de l’équipe de direction, elle supervise l’ensemble des centres techniques télécom de l’OPT.

Son message aux jeunes : Foncez, osez et saisissez les opportunités.

« Ne vous mettez pas de barrières, ne vous posez pas trop de questions, et osez… Surtout quand on est une femme. Les échecs font partie du chemin. Sur le coup, ça ne fait pas du bien, mais ils ouvrent parfois de nouvelles opportunités et de nouveaux challenges. »

Eve Chiapello

Consultante experte en protection de la donnée et cogérante d’APID

Passionnée de technologie et de gaming depuis l’enfance, elle découvre l’informatique grâce à son père, qui lui fait manipuler ses premiers ordinateurs et découvrir le code. Son rêve : devenir informaticienne. Mais ses professeurs la découragent, estimant que c’est « un métier d’hommes ». Après un bac Sciences et Technologie de la Gestion (STG), elle s’oriente vers le droit et se spécialise en droit des nouvelles technologies, de la cybercriminalité et de la protection des données, avec des recherches sur les communautés en ligne et les usages du numérique.

Après un détour de trois ans et demi dans le secteur humanitaire, où elle développe des compétences en gestion de projet, communication et management, elle se recentre sur le droit et les nouvelles technologies en tant que formatrice et consultante indépendante. C’est une période où les organisations les plus innovantes commencent à s’interroger sur leur politique de protection des données. Elle développe alors une expertise en protection des données et en conformité numérique.

Les ramifications de son réseau professionnel lui permettent de s’installer en Nouvelle-Calédonie en 2022. Après avoir renforcé son réseau local, elle est aujourd’hui cogérante de la société APID, où elle accompagne les organisations dans la gestion, la sécurisation et la valorisation de leurs données. Un métier passion où elle aide les structures à protéger la vie privée, respecter la réglementation et produire de la valeur avec leurs données, de manière éthique et responsable, notamment à l’ère de l’intelligence artificielle. Les leviers de sa réussite : ses compétences en gestion de projet, en communication, et sa compréhension des deux univers — celui de la tech et celui du droit.

Son message aux jeunes : Crois en toi !

« Restez curieux et ouverts aux nouvelles technologies et à leurs enjeux. Et surtout, croyez en vous : chacun et chacune peut trouver sa place dans cet univers. »

Margaux Loche

Manager OPEN NC

Après un bac économique et social (ES), elle poursuit des études en médias, culture et communication, puis se spécialise en journalisme et en communication visuelle. À la fin de ses études, un stage à Paris se transforme en CDI dans le groupe Publicis, où elle évolue pendant cinq ans, de chargée d’études à cheffe d’équipe en médiaplanning et stratégie de communication sur Internet. En 2014, une opportunité professionnelle pour son conjoint les amène à s’installer à Nouméa, au départ pour un an, mais l’aventure dure désormais depuis plus de dix ans.

Aujourd’hui, elle est manager du cluster numérique OPEN NC (Organisation des Professionnels de l’Économie Numérique Nouvelle-Calédonie), qui rassemble une centaine d’acteurs du numérique du territoire. Son rôle est de porter les projets collectifs du secteur : coordonner les initiatives, animer le réseau, développer des actions pour structurer et dynamiser l’écosystème numérique calédonien. Véritable cheffe d’orchestre, elle apporte son concours à des projets structurants qui permettent la montée en puissance du secteur : salons professionnels, développement de partenariats, annuaire de la filière du numérique, conférences inspirantes et événements fédérateurs comme le Hackagou ou la Grande Collecte Numérique…

Son message aux jeunes : La curiosité est la clé de la connaissance

« Les parcours ne sont jamais figés. Soyez ouverts aux opportunités et aux rencontres : elles peuvent vous mener vers des expériences et des métiers auxquels vous n’auriez jamais pensé. »

Diane Azais

Cheffe de projet IT

Après une classe préparatoire au lycée Jules Garnier, elle intègre, en France métropolitaine, une école d’ingénieurs en télécommunications, spécialisée en logiciel embarqué. Son parcours la mène aux États-Unis grâce à un volontariat international de deux ans, suivi d’une embauche. Elle travaille ainsi plus de huit ans au National Institute of Standards and Technology (NIST) sur des projets innovants en santé numérique, développant des compétences en développement et en architecture des systèmes d’information, en tenant compte des normes internationales.

En 2019, les politiques restrictives sur l’immigration impactent tous les secteurs et, malgré ses nombreuses années de contribution, son visa de travail n’est pas renouvelé. De retour en Nouvelle-Calédonie, elle évolue dans des environnements variés avant de rejoindre Exodata. Aujourd’hui, elle accompagne les organisations dans leurs projets numériques : définition de feuille de route, déploiement d’outils, automatisation, conseil en cybersécurité. Son rôle est à la fois technique et humain : écouter les besoins, coordonner les équipes, identifier les priorités et transformer des problématiques concrètes en solutions adaptées pour les utilisateurs.

Son message aux jeunes : S’ouvrir au monde

« Curiosité, persévérance et ouverture — notamment à travers l’anglais et les expériences à l’international — sont des clés essentielles pour trouver sa place dans un secteur en constante évolution. Via les réseaux, il existe aujourd’hui de réelles opportunités d’accès aux ressources et documentations techniques, ainsi que des possibilités de s’autoformer. Parmi mes collègues, nombreux sont ceux qui ont un BTS SIO et interviennent sur des missions de support utilisateurs et d’architecture. Quel que soit le niveau, on peut trouver sa place ! »

Les entrepreneures

(Entrepreneuriat tech & innovation locale)

On peut créer son business avec sa propre solution numérique ici, en Nouvelle-Calédonie !

Christiane Waneissi

Fondatrice de la plateforme PacifikMarket

Originaire de Lifou, Christiane Waneissi grandit dans une famille où l’éducation est une valeur et l’emploi dans l’administration, une aspiration. Après le bac, elle poursuit un cursus en anglais à l’université et bénéficie d’une bourse pour étudier en Nouvelle-Zélande. Elle complète ensuite son parcours en métropole avec un diplôme d’ingénierie culturelle à Toulouse. De retour au pays, elle occupe plusieurs postes à responsabilités, notamment à la bibliothèque Bernheim, à la coopération régionale et au GIEP, puis à la province Sud, où elle devient la première Mélanésienne directrice de la culture.

En 2016, elle choisit l’entrepreneuriat pour gagner en indépendance et accompagner des projets portés par des femmes et des associations. Consultante pour des entreprises australiennes et néo-zélandaises, elle se crée tout un réseau dans la région et entrevoit l’opportunité de valoriser le patrimoine culturel de la Nouvelle-Calédonie. En 2020, elle fonde PacifikMarket, une plateforme dédiée à la valorisation et à la vente en ligne d’artisanat de femmes océaniennes. Lauréate du programme French Tech Tremplin de la technopole de Nouvelle-Calédonie et finaliste de l’appel à projets Women in Tech Nouvelle-Calédonie, elle développe ainsi un projet qui mêle culture, création et innovation numérique pour faire connaître l’élégance contemporaine de la mode pasifika, et notamment la robe mission, vêtement emblématique au-delà du territoire. Dans la continuité, elle crée également sa propre marque de mode Chateaubriand Wear. C’est donc une navigatrice entre deux mondes : la production avec l’artisanat, la valorisation et la distribution avec la tech.

Son message aux jeunes : L’entrepreneuriat tech est un accélérateur de parcours !

« J’aurais aimé qu’on me dise que mes soft skills seraient tout aussi importantes que mes compétences techniques. Le numérique a besoin de créativité, d’empathie, de sens de l’organisation et de communication. Les femmes ont une place centrale dans la création des outils de demain. Nous ne devons pas seulement être des consommatrices du numérique, mais celles qui le conçoivent et qui façonnent les algorithmes pour une prise en compte des femmes, et des femmes autochtones, dans l’espace digital. »

Stéphane Bouquillard

Entrepreneure et fondatrice de Happy Day’N

Après un bac B (économique et social) au lycée Lapérouse, elle part à Paris suivre une école de commerce spécialisée en marketing et commerce international. Elle débute sa carrière en tant qu’ingénieure commerciale en charge de la vente de solutions informatiques, avant de revenir en Nouvelle-Calédonie pour travailler dans le développement économique. Une mission dans l’industrie de la croisière, entre Tahiti, Miami et Paris, révèle sa vocation pour le tourisme. Elle poursuit ensuite son parcours dans l’aérien, l’hôtellerie et le conseil. En 2016, elle complète son expérience par un master spécialisé en management à HEC Paris, consacré à la création de valeur du tourisme en Nouvelle-Calédonie.

Aujourd’hui, elle cumule plusieurs casquettes : entrepreneure et consultante stratégique dans le secteur du tourisme. Elle accompagne le développement de projets touristiques en aidant les porteurs d’idées à analyser leur marché, structurer leur offre et développer des activités durables. Elle est aussi fondatrice de la startup Happy Day’N, qui développe des solutions numériques pour faciliter la découverte de la destination par les croisiéristes et mieux connecter les visiteurs aux acteurs locaux. Cette application, développée en Nouvelle-Calédonie et finaliste de l’appel à projets Women in Tech, est une solution tout-en-un : à la fois un guide pour les voyageurs et un appui stratégique pour les acteurs économiques, grâce à l’analyse des données issues de ces usages.

Son message aux jeunes : Dans la vie, comme sur l’eau, n’attendez pas la vague parfaite, osez !

« Il n’existe pas de parcours parfait ou complètement tracé. Osez explorer, vous tromper et apprendre. L’engagement, la curiosité et l’adaptabilité sont les clés pour évoluer et construire son propre chemin. »