
Dynamiser, promouvoir et accompagner les acteurs du livre : depuis sa création en 2007, la Maison du livre s’attache à faire vivre la filière sous toutes ses formes.
« Le livre a la particularité d’être un objet à la fois culturel et économique », souligne Liliane Tauru, présidente de la Maison du livre et fondatrice des éditions Plume de Notou. Une double nature qui n’empêche pas le secteur de rencontrer des difficultés bien particulières : « difficulté à exporter, à diffuser et à distribuer au-delà du pays ».
La disparition du SILO, fin 2024 dans sa forme initiale, a également laissé un vide. Le rendez-vous s’est depuis transformé en caravane itinérante, mais les échanges internationaux qu’il permettait ont été réduits. « C’était un événement qui favorisait les échanges entre acteurs du livre d’ici et ceux de métropole, d’Australie et de tout le Pacifique. »
Le contexte économique actuel n’arrange rien. Mais les difficultés du secteur ne datent pas d’hier. Pour beaucoup d’auteurs et d’éditeurs calédoniens, le livre reste une activité complémentaire, difficile à exercer comme métier à part entière.

Liliane Tauru, présidente de la Maison du livre.
Une créativité bien présente, mais des débouchés limités
Pourtant, la créativité ne manque pas sur le Caillou. Liliane Tauru reçoit régulièrement des manuscrits et se dit impressionnée par la créativité des auteurs et des illustrateurs calédoniens.
« La difficulté, c’est l’étape suivante. C’est décourageant pour ces personnes de ne pas avoir ensuite de débouchés. »
C’est justement là que la Maison du livre intervient. L’association organise des rencontres entre les différents acteurs de la filière et accompagne les professionnels et les écrivains dans leurs projets, de la création à la publication.
« On organise des rencontres pour expliquer les étapes à suivre, les exigences des éditeurs, le temps que cela prend et combien cela coûte. »
Un travail de proximité, parfois très concret, pour aider les auteurs à mieux comprendre un secteur dont les rouages peuvent sembler complexes lorsqu’on se lance.

Donner le goût des livres du pays
Depuis trois ans, la Maison du livre organise le Festival scolaire de littérature calédonienne, avec le soutien de la province Sud, de la Fédération interrégionale du livre et de la lecture et de la Mission aux affaires culturelles.
« Le principe est de proposer des livres d’auteurs locaux à des établissements scolaires de tous niveaux, de la maternelle au lycée, choisis par les provinces. Les enseignants choisissent un titre parmi la sélection et chaque élève reçoit son livre pour le lire et l’étudier. Certains vont créer un podcast, une pièce de théâtre, faire des illustrations ou participer à des ateliers. »
Le festival se termine par une semaine de rencontres au sein des établissements. Les élèves peuvent alors échanger directement avec l’auteur, l’illustrateur et parfois l’éditeur du livre qu’ils ont étudié.
« Les enfants se sont préparés à cette rencontre. Ils ont lu le livre, étudié l’histoire. C’est une rencontre humaine avant tout et surtout, ils vont pouvoir poser des questions, voir toute l’humanité de l’auteur au-delà des pages du livre. C’est vraiment un échange réciproque. »
Pendant cette semaine, une caravane littéraire s’installe dans la cour de l’établissement. Les élèves peuvent y découvrir et choisir des livres.
« On a vu l’engouement et l’impact de cette caravane littéraire au sein des établissements de manière spectaculaire ! », raconte Liliane Tauru.
Grâce à une subvention provinciale de 3,5 millions de francs, ce festival constitue également un véritable soutien pour l’ensemble de la filière du livre.
« Sans l’aide de la province Sud, il n’aurait pas pu avoir lieu. Les élèves reçoivent un cadeau inestimable. Cela a un gros impact sur la filière du livre car il y a un achat de livres important. Nous, les auteurs, les illustrateurs, les éditeurs, avons besoin de ça pour vivre. »

Nicolas Kurtovicht, écrivain, dramaturge, poète et romancier calédonien, auteur d’une trentaine d’ouvrages au cours d’une carrière de plus de cinquante ans.
Encourager l’achat de livres calédoniens
Promouvoir la filière, c’est aussi encourager les Calédoniens à acheter et à lire des ouvrages produits ici. Avec la campagne Lire Local subventionnée par la province Sud à hauteur de 300 000 F, la Maison du livre offre chaque année au mois de décembre entre 10 et 15% de remise dans les librairies partenaires pour l’achat de livres écrits ou édités en Calédonie.
« En décembre, tout le monde est à la recherche d’un cadeau de Noël ou d’un cadeau pour la famille ou des amis à l’extérieur. Cette campagne, c’est pour donner l’idée qu’ils peuvent acheter un livre calédonien. Car derrière l’objet, il y a une identité, un imaginaire, une histoire. C’est tout ça qu’on offre. »
Pour Liliane Tauru, les livres calédoniens souffrent encore d’une image qui ne correspond pas à leur qualité réelle.
« J’ai fait des comparaisons très concrètement et je trouve que la qualité de l’écriture et de l’illustration de nos livres n’a rien à envier à ceux de l’extérieur. Le souci, c’est qu’il y a une idée sous-jacente que les auteurs venus d’ailleurs sont meilleurs que ceux d’ici. Notre mission est justement de faire en sorte de dépasser cette idée-là. »
Elle défend une meilleure intégration des ouvrages calédoniens dans les rayons des librairies. Plutôt que de les regrouper uniquement dans un espace consacré à l’Océanie ou au Pacifique, elle estime qu’ils devraient pouvoir trouver leur place aux côtés des autres livres, en fonction de leur genre : roman, jeunesse, bande dessinée, sciences humaines…
Car une fois le livre entre les mains des lecteurs, les a priori tombent souvent.
« Je constate que les Calédoniens vont lire la littérature calédonienne seulement si on leur met le livre dans les mains, presque. Il faut leur montrer, les conseiller, créer ce rapprochement. Il faut plus d’efforts qu’un livre qui est juste là en rayon en librairie. »
La présidente de la Maison du livre a l’impression « qu’on est encore au stade où il faut prendre son bâton de pèlerin et aller auprès du public. Ça ne va pas se faire par une simple campagne de sortie de livre. Un lancement de livre ne va pas fonctionner. »
Le Festival scolaire constitue justement l’un de ces moyens d’aller à la rencontre du public et de créer, dès le plus jeune âge, une habitude de lecture des auteurs calédoniens.
« On voit que les enfants sont ravis. Les enseignants aussi. Les chefs d’établissement constatent la qualité des textes, des histoires, des illustrations aussi. »
La province Sud accompagne également les auteurs à travers l’aide à l’écriture, pour un montant de 900 000 F en 2025, et les éditeurs à travers l’aide à l’édition, afin de soutenir la création et la diffusion littéraires. En 2025, six projets d’ouvrages ont ainsi bénéficié d’un soutien global de 3 850 000 F.

Marie Murtini, artiste peintre et auteure de “Ronde est la Lune”, un ouvrage pour lequel elle a bénéficié de l’aide à l’édition de la province Sud.

