
Julie, la force de persévérer
Après l’obtention de son baccalauréat ST2S en 2015, Julie découvre le monde du travail. Comme beaucoup de jeunes, elle enchaine les petits boulots qui forgent sa maturité et lui donne le goût de l’effort et du travail. Animée par l’envie d’évoluer, elle rejoint ensuite la Mission d’Insertion des Jeunes (MIJ), où elle se forme au métier de secrétaire médicale. Une étape décisive qui lui permet de trouver sa voie et d’accéder à un métier au plus près de l’humain : pendant cinq ans, elle exerce auprès d’un médecin en tant que secrétaire médicale. Puis les émeutes frappent. C’est l’hécatombe. Le cabinet ferme. Le médecin s’en va, à bout des violences. Julie se retrouve au chômage. Comme beaucoup de jeunes, elle subit les émeutes et traverse une période d’inquiétude et d’instabilité : « Ça a été très dur. Il a fallu du temps pour me reconstruire et retrouver de la motivation », raconte-t-elle.

Début 2025, Julie trouve un nouveau souffle. Elle répond à une offre d’emploi et est embauchée via le dispositif provincial Sud Jeunes au sein du cabinet du Dr Creugnet, jeune médecin Calédonien spécialisé en Endocrinologie-métabolisme à la faculté de médecine de Champagne Ardennes, qui porte une vision claire : « investir ici, à la maison, et construire une offre de soins spécialisée mais aussi humaine, pour le bien-être et la santé des Calédoniens. »

« Après 12 ans en Métropole pour mes études, j’ai décidé de rentrer. » – Docteur Creugnet, endocrinologue.
Après avoir fréquenté les bancs de la faculté de médecine Pierre-et-Marie-Curie (Pitié-Saint-Antoine) à Paris, puis effectué son internat à la faculté de médecine de Champagne-Ardenne, dans la ville de Reims, Bruno s’installe à Paris en 2015 pour se lancer dans la recherche médicale en Master 2. Il soutient sa thèse en 2016 et obtient son DES d’endocrinologie en 2017, année où il décide de rentrer pour exercer en tant que médecin endocrinologue au Médipôle de Koutio pendant deux ans. Puis, en novembre 2019, il ouvre son cabinet libéral et s’associe avec le Dr Carine Henin.
Comme de nombreux médecins, Bruno a lui aussi été directement impacté par les violences des émeutes : « Face à tant de violence, de stress et d’incertitudes, il a fallu s’organiser pour reconstruire et continuer. Nous avons dû faire face à de nombreuses remises en question et il nous a fallu près de six mois pour retrouver un équilibre », explique-t-il.
À 39 ans, il fait le choix fort de continuer à investir et à développer son activité à Nouméa : « Mon état d’esprit est simple : c’est mon pays et je veux participer à ce que nous y soyons tous heureux. Ce paradis, il faut que nous continuions à le construire et à le protéger. »
En janvier 2025, il achète de nouveaux locaux au centre-ville, avec l’ambition de créer un véritable centre médical spécialisé, notamment dans la prise en charge du diabète et des pathologies associées. Le déménagement a lieu en août 2025 : « J’ai décidé d’agrandir mon cabinet car les Calédoniens en ont besoin. Mon objectif est de construire un centre médical spécialisé pour accompagner le quotidien des patients suivis, notamment pour le diabète, les pathologies endocriniennes ou encore les plaies et la cicatrisation. »
Aujourd’hui, le centre rassemble une équipe pluridisciplinaire : deux médecins, deux infirmiers, deux secrétaires, une orthoptiste et une diététicienne. « Notre objectif est de proposer un parcours de soins optimisé, avec des partenaires investis, au service des patients », souligne-t-il.
« Je fais le pari d’investir et de construire. On a beaucoup de travail devant nous, et nous allons continuer de travailler pour être novateur et offrir un parcours optimisé dans la prise en charge de nos patients. » – Docteur Creugnet, endocrinologue.
Et le dispositif Sud Jeunes s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Véritable levier durant la période post-émeutes, il a permis de soutenir à la fois le développement du centre et l’intégration de jeunes professionnels. « C’est arrivé au moment où nous en avions le plus besoin. Je n’ai pas hésité », affirme le docteur Creugnet.
Pour lui, accueillir des jeunes comme Julie, c’est aussi participer à la reconstruction collective. Transmettre, accompagner, faire confiance : autant de valeurs qui prennent tout leur sens dans le contexte actuel. Ainsi, au-delà du projet médical, il y a une conviction forte : celle de miser sur la jeunesse. « Sur les 300 CV reçus, nous avons retenu Julie », précise-t-il. Un choix qui ne doit rien au hasard, mais tout à une volonté de donner sa chance, d’accompagner et de construire sur le long terme.

Pour Julie, cette opportunité représente un tournant : « Avant d’être embauchée, je demandais souvent : Docteur, vous me gardez ? », confie-t-elle en souriant. Derrière cette inquiétude, une forte envie de s’en sortir, de s’inscrire dans la durée.
Leur histoire commune montre qu’au-delà des difficultés, des ponts peuvent se créer. Elle rappelle surtout une chose essentielle : c’est en investissant dans les jeunes, en leur donnant des perspectives concrètes et en les accompagnant, que l’on construit durablement l’avenir du territoire.

