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Face au décrochage scolaire, le programme « Bien avec mon école » déploie une réponse globale

  • 02/06/2026
Retard dans le langage dès la maternelle, effritement du lien école-famille, absentéisme, climat scolaire dégradé…. Ce constat n’est que la partie émergée de l’iceberg : celui d’une crise sociale qui touche les écoles et les familles. Aujourd’hui, dans les écoles prioritaires, près d’un enfant sur trois vit dans un foyer en situation de vulnérabilité économique. Cette fragilité exerce une pression croissante sur les familles et peut conduire à un éloignement progressif de la vie scolaire. Face à ces difficultés, la province Sud a décidé d’agir avec le programme « Bien avec mon école » qui repose sur quatre axes d’intervention : pédagogique, social, sanitaire et familial. Cette mesure est soutenue au titre du dispositif de solidarité républicaine, mis en œuvre dans le cadre du prêt garanti par l’État accordé à la Nouvelle-Calédonie et remboursé par celle-ci. Elle bénéficie également d’un financement de l’État dans le cadre de la convention du pacte de refondation de la Nouvelle-Calédonie.
  • Enseignement, Jeunesse
Child in a blue sweater writes on a French worksheet at a yellow desk, holding a pencil near the page.

L’école, censée être le lieu de l’égalité des chances, se heurte aujourd’hui à une réalité brutale, celle de la précarité. Celle-ci a été exacerbée par les émeutes de mai 2024. Or, la précarité est un obstacle majeur à la réussite scolaire, car elle prive les enfants des conditions minimales pour apprendre sereinement. Elle est aussi un marqueur des inégalités territoriales : c’est plus difficile pour les parents d’enfants scolarisés dans les écoles prioritaires, d’assurer trois repas par jour, de payer les transports, ou encore d’acheter des vêtements et des chaussures.

La fragilisation économique est un facteur de stress pour les parents conduisant à un désengagement parental. Les conséquences sont dramatiques : absentéisme scolaire croissant, et ce, dès la maternelle.

Les équipes pédagogiques ont alerté dès 2025 sur les troubles du langage et du comportement et ont sollicité des interventions médico-sociales, principalement orthophoniques et psychologiques.

À ce constat s’ajoute une augmentation des violences entre les élèves ainsi que des incivilités de familles envers les enseignants.

Sans intervention ciblée, les effets pourraient se cristalliser sur une génération d’élèves, accroître les inégalités territoriales et alimenter de nouvelles tensions sociales.

Une approche intersectorielle

Face à cette urgence, le programme « Bien avec mon école » mis en place par la province Sud depuis la rentrée se veut être une réponse globale, parce que les difficultés rencontrées par les élèves sont multiples et souvent liées entre elles. Avec une conviction forte : beaucoup se joue dès la petite enfance. L’ambition de la collectivité est de réduire les inégalités éducatives, sociales et de santé en zones prioritaires, d’améliorer la réussite et la cohésion sociale du territoire.

Les attentes sont nombreuses mais pour Stéphane Courtine, représentant des directeurs dans le cadre du programme Bien avec mon école, « l’objectif est d’apporter un renfort aux équipes pédagogiques confrontées à des problématiques sociales, sanitaires et éducatives de plus en plus complexes. » 

Neuf écoles prioritaires expérimentent cette année ce programme amené à s’ajuster et à évoluer.

Cinq objectifs sont visés par Bien avec mon école : prévenir et réduire l’absentéisme scolaire, améliorer le climat scolaire, renforcer le lien école-famille, améliorer le sentiment de sécurité autour de l’école et favoriser la cohésion sociale. Et pour atteindre ces objectifs, ce plan s’appuie sur quatre axes d’accompagnement : pédagogique, social, sanitaire et parental.

Des renforts pédagogiques au plus près des élèves

La première phase déployée depuis la rentrée a consisté à mettre en place des enseignants complémentaires. Ils interviennent dans les classes des trois cycles, de la maternelle au CM2. Leur mission consiste à assister l’enseignant titulaire dans la classe pour prendre en charge un groupe d’élèves pendant l’enseignant titulaire travaille avec un autre groupe ayant davantage besoin d’être soutenu.

Une démarche qui a été bien accueillie par les écoles concernées comme le témoigne la directrice de l’école Saint-Michel au Mont-Dore, Alexandra Malrieu : « L’enseignant complémentaire a vraiment été très bien accueilli par l’ensemble de l’équipe qui voit en lui un vrai soutien, qui permet aux enseignants de dégager davantage de temps pour s’occuper des élèves qui ont des besoins éducatifs particuliers. »

Une grande liberté est laissée aux écoles pour déployer l’enseignant complémentaire au sein des établissements. L’école Lomont Adrienne, à Saint-Quentin, a fait le choix du décloisement, explique sa directrice Mélina Therin : « Selon le cycle et selon la volonté de chaque enseignant, on s’organise différemment. Sur la maternelle, elle intervient sur un décloisonnement, c’est-à-dire qu’elle permet à tout le cycle d’avoir moins d’élèves en classe en prenant en charge une thématique comme le langage en maternelle. Elle peut intervenir en co-intervention ou en co-enseignement donc avec l’enseignante titulaire. Elle peut aussi extraire un groupe d’élèves sur un sujet précis. »

Pour les écoles maternelle et primaire Scheffleras, au Mont-Mou, les bénéfices sont tout aussi perceptibles : « Grâce aux enseignants complémentaires, on peut mettre en place une différenciation pédagogique et répondre aux besoins des élèves de façon plus ciblée. »

Il est prévu également le renfort d’assistants éducatifs dont le rôle est de gérer la discipline en classe pour que l’enseignant puisse être soulagé sur cet aspect.

Prochaine étape : la mise en place d’une brigade sanitaire et sociale

Après le volet pédagogique, la prochaine étape concernera l’accompagnement médico-social, particulièrement attendu par les établissements. Cette brigade sanitaire et sociale sera composée de 6 travailleurs sociaux, 2 psychologues, 5 orthophonistes, 1 infirmier et 1 coordinateur de projets.

Le programme bénéficie d’un financement de 40 millions de francs au titre du dispositif de solidarité républicaine en 2026. Il est également soutenu dans le cadre du pacte de refondation de la Nouvelle-Calédonie à hauteur de 100 millions de francs, permettant le recrutement de 33 postes dédiés.

Enfin, ce programme comprend aussi des activités culturelles, artistiques et sportives avec des intervenants externes.

Cette approche prend en compte tous les temps de l’enfant : scolaire, périscolaire et extrascolaire, afin d’adapter l’accompagnement à ses besoins.

L’implication des parents est bien sûr essentielle dans la réussite de ce programme. Un contrat d’engagement mutuel, signé dès l’entrée de leurs enfants à la maternelle, les engage à participer aux projets éducatifs et aux instances de l’école.

En misant simultanément sur l’école, la santé, le soutien social et l’accompagnement des parents, « Bien avec mon école » entend agir sur les causes profondes des inégalités éducatives. Un pari ambitieux dont les premiers résultats seront évalués chaque année jusqu’en 2030, avec un objectif simple : permettre à chaque enfant, quel que soit son environnement, d’entrer dans les apprentissages dans les meilleures conditions possibles.


Les axes du programme Bien avec mon école :

  • L’accompagnement pédagogique avec un renforcement des équipes éducatives : enseignants complémentaires, personnels spécifiques (notamment enseignants spécialisés, assistants éducatifs). Formation des enseignants notamment sur les pédagogies innovantes adaptées aux élèves en difficulté, la gestion des troubles des apprentissages, notamment du langage, prise en compte des besoins spécifiques des jeunes enfants (développement psychomoteur, socialisation, acquisition du langage), et bien-être à l’école.
  • L’accompagnement éducatif grâce aux projets éducatifs visant à réduire les inégalités. Ce sont des projets artistiques et culturels pour favoriser l’éveil culturel dès le plus jeune âge. Grâce également au développement des activités périscolaires dans les écoles prioritaires.
  • L’accompagnement social et sanitaire avec le déploiement des équipes mobiles de prévention composées d’orthophonistes, de psychologues, d’infirmiers et de travailleurs sociaux pour intervenir directement dans les écoles prioritaires, en particulier les maternelles. Ces équipes pourront réaliser un dépistage précoce des troubles du langage, des apprentissages, des difficultés psychologiques ainsi que des fragilités sociales et familiales. Un volet sur la sensibilisation des enfants et de leurs parents à la nutrition, l’hygiène, les addictions, la santé mentale via des ateliers animés par des professionnels. Afin de lutter contre la précarité alimentaire, la collectivité veut mettre en place des collations dans les écoles.
  • L’accompagnement des parents via le soutien à la parentalité avec des ateliers sur des thèmes variés : gestion des écrans, hygiène de vie, soutien à la scolarité et accompagnement des apprentissages à la maison, gestion des conflits familiaux et éducation positive. L’accompagnement concerne aussi les démarches sociales avec la mise en place de permanences sociales pour aider les familles (aides sociales, logement, santé, modes de garde).

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