SudMag #35 Avril-Mai 2026

GRATUIT L'ACTUALITÉ DE LA PROVINCE SUD www.sudmag.nc | #035 | Avril - Mai 2026 SUDSANTÉ LE DISPOSITIF RESTE UNE PRIORITÉ

ÉDITO RESPONSABLE DE LA PUBLICATION : Sonia Backès | RÉDACTEUR EN CHEF : Secrétariat général | RÉDACTION : Direction de la communication de la province Sud. PHOTOS : Nicolas Bonneau, Fabrice Wenger, Nicolas Petit | MONTAGE : Com'Kris. IMPRESSION : 35 000 exemplaires - EIP Éditions & Impressions du Pacifique, sur du papier géré durablement FSC | ISSN 2497-6903. RETROUVEZ-NOUS EN LIGNE Toute l’actualité de la province Sud à tout moment, disponible sur votre ordinateur, tablette et smartphone : sudmag.nc Dites-nous ce que vous en pensez ! Donnez-nous votre avis sur le SudMag que vous avez entre les mains afin que les prochains numéros répondent toujours à vos attentes. Formulaire en ligne : province-sud.nc/form/suggestion-sudmag Avril - Mai 2026 | SUD'MAG #35 | 3 Trouver un médecin, obtenir un rendez-vous, maintenir une équipe dans une officine, assurer la continuité des soins : derrière les mots, il y a des situations très concrètes. Pour de nombreux habitants, l’accès à la santé n’est plus une question théorique. C’est un quotidien, parfois une inquiétude, souvent une urgence. La province Sud n’échappe pas à une tension qui touche aujourd’hui de nombreux territoires : manque de médecins, difficultés de recrutement, fragilité de certaines équipes médicales ou paramédicales. À cette réalité déjà installée se sont ajoutées les conséquences de la crise de mai 2024, avec des départs, des réorganisations et des besoins renforcés dans plusieurs secteurs. Dans ce contexte, les dispositifs provinciaux visent à agir là où les besoins sont identifiés : installation de professionnels libéraux, soutien à l’équipement, accompagnement des structures, mesures d’attractivité pour certains métiers en tension. Il ne s’agit pas seulement de faire venir des professionnels, mais aussi de créer les conditions pour qu’ils restent, travaillent correctement et puissent répondre aux besoins des patients. Le dispositif SudSanté s’inscrit dans cette logique. Depuis fin avril, les aides à l’installation des professionnels libéraux de santé concernent désormais l’ensemble de la province Sud, à l’exception de la partie sud de Nouméa, moins exposée aux problématiques de désertification médicale. Médecins, chirurgiens-dentistes, sagesfemmes, infirmiers, orthophonistes ou kinésithérapeutes peuvent être concernés selon les critères prévus. L’effort porte également sur les métiers déjà présents ou en devenir. Des mesures d’attractivité ont ainsi été créées pour le recrutement de pharmaciens assistants et de préparateurs en pharmacie. Dans les officines, comme dans les cabinets, l’enjeu reste le même : stabiliser les équipes, éviter les ruptures de service et maintenir une offre de soins accessible sur le territoire provincial. La santé ne se décrète pas depuis un bureau. Elle se construit dans les cabinets, les officines, les dispensaires, les tournées, les permanences, les recrutements parfois difficiles et les installations qu’il faut rendre possibles. C’est là, très concrètement, que se joue aujourd’hui l’accès aux soins. La présidente de l’assemblée de la province Sud. La santé, au plus près du terrain

SOMMAIRE #35La lettre d’information de la province Sud pour rester informé chaque semaine Abonnez-vous en suivant le lien : province-sud.nc/mon-compte 4 | SUD'MAG #35 | Avril - Mai 2026 Sur le terrain 5. ZOOM SUR Sport, un soutien mieux adapté 6. GRAND ANGLE Budget supplémentaire 2026, ajuster sans emprunter 8. Assemblée de Province Bien avec mon école, une réponse globale pour favoriser la réussite scolaire 10. Assemblée de Province Maîtriser la production de logements sociaux 12. SUR LE TERRAIN SudSanté, un dispositif gagnant-gagnant 14. ACTUALITÉS Handicap : tenir le fil des parcours 15. TÉMOIGNAGE Face à la maladie : le parcours de Mike 17. Mentorat, le champ des possibles pour les jeunes Calédoniens 18. SUR LE TERRAIN Brèves 23. VIVRE MA PROVINCE Pacific Island, une histoire d’engagement 24. REPORTAGE En selle vers plus d’autonomie avec Droit au Vélo 26. ENVIRONNEMENT Recycler le verre, pour bâtir durablement 27. SORTIR Bienvenue au Parc des Grandes Fougères 28. LES PHOTOS DU MOIS 30. LES VIDÉOS DU MOIS Vivre ma Province Grand angle SudSanté, Un dispositif gagnant-gagnant En selle vers plus d’autonomie avec Droit au Vélo Bien avec mon école, une réponse globale pour favoriser la réussite scolaire 8. 12. 24.

Avril - Mai 2026 | SUD'MAG #35 | 5 C’est une évolution attendue. Le dispositif de soutien au sport en province Sud fait l’objet d’une actualisation pour améliorer la lisibilité, renforcer la cohérence des aides et adapter les outils aux pratiques d’aujourd’hui. Au fil des années, l’environnement du sport a évolué, tout comme les dispositifs d’accompagnement. Cette mise à jour vise à mieux articuler les interventions provinciales avec celles existant à l’échelle territoriale et nationale, pour proposer un cadre plus harmonisé et plus lisible. Éligibilité. Premier point d’ajustement : les conditions d’éligibilité. Le dispositif précise désormais le lien entre affiliation à une fédération et agrément territorial, afin d’assurer une cohérence avec les règles en vigueur en Nouvelle-Calédonie. Des possibilités de dérogation sont maintenues pour accompagner des initiatives contribuant au développement de la pratique sportive. Soutien. Autre évolution : les modalités de soutien aux associations. Les seuils d’attribution, qui encadraient les aides selon la typologie des structures, sont supprimés. Cette évolution permet de mieux prendre en compte la diversité des situations, en valorisant davantage le niveau d’activité, la structuration et l’engagement des clubs. Dans le même mouvement, de nouveaux leviers sont introduits. Une aide à l’investissement est créée pour accompagner les besoins en matériel et en équipements, avec un soutien pouvant atteindre 80 % des dépenses. Une aide dédiée à l’organisation d’événements sportifs d’intérêt provincial est également mise en place, afin de soutenir des initiatives contribuant au dynamisme et à l’attractivité du territoire. Engagement. Le dispositif accorde aussi une attention particulière à l’implication des associations dans les politiques publiques, notamment à travers leur participation à des programmes favorisant l’accès au sport pour tous. Cette approche vise à mieux reconnaître le rôle structurant des clubs dans la vie locale. Parallèlement, le cadre des subventions exceptionnelles est clarifié. Ces aides, destinées à répondre à des besoins imprévus, sont recentrées sur leur vocation initiale. Les actions récurrentes ou programmées sont désormais orientées vers des dispositifs spécifiques, assortis de critères d’attribution identifiés. Enfin, les modalités de gestion évoluent pour gagner en souplesse. La suppression de la date butoir unique permet d’adapter les calendriers de dépôt des dossiers aux différentes campagnes, en cohérence avec les échéances fixées au niveau national. Au final, cette actualisation s’inscrit dans une démarche d’adaptation et de clarification. Elle vise à offrir un cadre plus lisible et plus souple, capable d’accompagner durablement le dynamisme du tissu sportif en province Sud. Adoptée en Assemblée de la province Sud le 24 avril, la réforme du dispositif de soutien au sport actualise un cadre en vigueur depuis 2011 afin de mieux répondre aux réalités actuelles du terrain et aux besoins des associations comme des sportifs. SPORT, un soutien mieux adapté ZOOM SUR

6 | SUD'MAG #35 | Avril - Mai 2026 Avec 6,6 milliards de francs mobilisés, le budget supplémentaire 2026 de la province Sud vient compléter le budget primitif en intégrant les résultats de l’exercice précédent et les évolutions constatées en cours d’année. Entre ajustement des recettes, maintien des investissements et sécurisation des équilibres, il s’inscrit dans une logique de gestion prudente mais volontariste. Adopté lors de la séance du 24 avril, ce budget supplémentaire repose d’abord sur les résultats de 2025. Avec un niveau de fonds disponibles élevé, la Province dispose d’une marge de manœuvre qui lui permet d’ajuster ses crédits sans recourir à de nouveaux financements extérieurs. Ce choix se traduit concrètement une réduction de l’enveloppe d’emprunts initialement inscrite au budget primitif afin de limiter la souscription 2026 à 3,5 milliards de francs. Cette orientation confirme une gestion attentive à l’endettement et à la nécessité de maintenir une capacité d’autofinancement. Ressources. Sur le volet des recettes, le budget supplémentaire intègre des mesures nouvelles, principalement issues de la fiscalité de répartition, réévaluée après l’adoption Assemblée de Province BUDGET SUPPLÉMENTAIRE 2026, ajuster sans emprunter Budget supplémentaire 2026 • 6,6 milliards de francs mobilisés • 8,7 milliards de francs de marges issues de 2025 • 2,5 milliards de francs d’emprunts annulés Répartition • Investissement : 3,3 milliards F • Fonctionnement : 3,3 milliards F Tendance • Des priorités maintenues : routes, collèges, habitat • Un équilibre global préservé autour de 50 milliards de francs.

Avril - Mai 2026 | SUD'MAG #35 | 7 GRAND ANGLE du budget de la Nouvelle-Calédonie. À cela s’ajoutent des participations de l’État sur plusieurs opérations contractualisées, notamment dans les domaines de l’habitat et des infrastructures, ainsi que des recouvrements divers liés à l’exploitation de services ou à des contributions d’acteurs publics et privés. En parallèle, certaines recettes font l’objet d’ajustements à la baisse, en particulier en matière de fiscalité additionnelle et de contributions, en lien avec la réalité des encaisses liées aux patentes et l’actualisation des dépenses. L’ensemble traduit un rééquilibrage classique en cours d’exercice, entre recettes attendues et recettes effectivement constatées. Priorités. Les dépenses s’élèvent à 6,6 milliards de francs et se répartissent de manière équilibrée entre investissement et fonctionnement. L’investissement mobilise plus de 3,2 milliards de francs, avec des crédits orientés vers l’administration, le réseau routier, les collèges et l’habitat social. Ces opérations s’inscrivent dans la continuité du programme pluriannuel d’investissement, qui atteint un niveau élevé sur l’année 2026. Le fonctionnement représente un volume comparable, intégrant notamment les interventions et subventions, dont une part significative est consacrée au secteur santésocial, ainsi qu’aux transports. Les services de la collectivité concentrent également une part importante des crédits, en particulier pour la masse salariale et les besoins de remplacement, reflétant le poids structurel du fonctionnement dans l’action publique. Sécurisation. Le budget intègre par ailleurs des mécanismes de prudence destinés à absorber les éventuels écarts en cours d’année. Une enveloppe de réserve est constituée pour faire face à des ajustements de recettes ou de dépenses, tandis que des crédits sont prévus pour des opérations de gestion comptable, comme les remises gracieuses ou les admissions en non-valeur. Ces dispositifs visent à garantir la continuité de l’exécution budgétaire sans remise en cause des équilibres globaux. Perspective. Au total, le budget consolidé de la province Sud pour 2026 atteint plus de 50 milliards de francs en mouvements réels. Sa structure reste stable, avec une part importante des crédits consacrée aux investissements, aux interventions et aux subventions, et une proportion significative dédiée aux rémunérations et aux charges. Ce budget supplémentaire ne modifie pas les orientations initiales mais en ajuste les paramètres, en fonction des données actualisées. Il traduit une gestion qui privilégie l’adaptation, en maintenant les engagements tout en intégrant les réalités financières de l’exercice. ,, 6,6 MILLIARDS DE FRANCS POUR AJUSTER SANS RECOURIR À L’EMPRUNT : L’ÉQUATION BUDGÉTAIRE RESTE SOUS CONTRÔLE. Aides économiques : un soutien structuré aux entreprises et à l’emploi À travers plusieurs dispositifs complémentaires, la province Sud poursuit son action en faveur du tissu économique local. Soutien à l’emploi, accompagnement des entreprises, modernisation et réponses ciblées aux situations de crise : l’ensemble dessine une politique pragmatique, construite au plus près des besoins du terrain. Emploi L’un des axes majeurs reste l’insertion professionnelle des jeunes. Le dispositif SudJeunes accompagne les recrutements en favorisant des emplois durables, avec une large part de contrats en CDI. En parallèle, les aides destinées aux jeunes diplômés facilitent leur entrée sur le marché du travail et soutiennent la création d’entreprise. L’objectif est double : retenir les compétences et encourager l’initiative locale. Accompagnement Au-delà de l’emploi, la Province agit sur le développement et l’adaptation des entreprises. Les aides à la sécurisation permettent de financer des aménagements liés à la protection des locaux ou à l’accessibilité. Celles dédiées à la numérisation accompagnent la transition digitale, devenue incontournable pour rester compétitif. Ces dispositifs répondent à des besoins concrets : moderniser, structurer, anticiper. Relance Dans un contexte encore marqué par des fragilités économiques, le dispositif Sud Relance vient compléter cet ensemble. Il vise à soutenir l’activité des entreprises et à accompagner leurs besoins de financement. Le nombre de demandes enregistrées depuis son lancement témoigne de l’intérêt du dispositif et de la réalité des besoins du tissu économique. Réactivité La Province adapte également ses interventions en fonction des situations exceptionnelles. Le plan de soutien mis en place pour les entreprises affectées par les restrictions liées au risque requin illustre cette capacité à intervenir rapidement, en ciblant les acteurs directement impactés. Accès Ces dispositifs sont pilotés par la Direction du développement économique et du tourisme. Les entreprises et porteurs de projet peuvent consulter l’ensemble des aides, vérifier leur éligibilité et déposer leurs demandes directement en ligne sur province-sud.nc. Une porte d’entrée unique permet ainsi de s’orienter parmi les dispositifs et d’identifier les solutions les plus adaptées à chaque situation. Au final, cette palette d’aides traduit une ligne claire : soutenir l’emploi, accompagner les entreprises dans leur évolution et intervenir rapidement en cas de besoin. Une approche qui privilégie l’efficacité et l’adaptation, sans dispersion.

8 | SUD'MAG #35 | Avril - Mai 2026 Adopté lors de l’Assemblée de la province Sud du 24 avril, le dispositif « Bien avec mon école » s’inscrit dans une approche globale pour répondre aux difficultés rencontrées dans les établissements prioritaires et renforcer, plus largement, les conditions d’apprentissage et de vie scolaire. Le constat est désormais bien identifié dans certaines écoles de la province Sud : des difficultés qui apparaissent tôt et s’installent durablement. Retards de langage, fragilités dans les apprentissages, absentéisme, environnement social parfois instable. À mesure que les années passent, ces facteurs se cumulent et alimentent un décrochage progressif. Derrière ces trajectoires, une réalité plus large : celle des inégalités scolaires qui se transforment, pour certains, en fractures sociales. C’est pour enrayer cette dynamique que le dispositif « Bien avec mon école » a été conçu. Pensé comme une réponse globale, il cible 23 établissements prioritaires avec une montée en puissance progressive jusqu’en 2028. L’ambition est d’agir à la fois sur les apprentissages, le bien-être des élèves et le lien avec les familles, en mobilisant un ensemble d’acteurs autour de l’école. Trois axes structurent le programme. Le premier repose sur un renforcement des moyens humains, avec des enseignants et personnels d’appui complémentaires afin de favoriser un accompagnement plus individualisé, notamment en petits groupes. Le second s’appuie sur une brigade mobile de prévention, composée de professionnels sociaux et médico-sociaux, appelée à intervenir directement auprès des élèves et de leurs familles. Le troisième concerne le développement d’activités sportives et culturelles, sur les temps scolaire et Assemblée de Province ÉDUCATION Bien avec mon école, une réponse globale pour favoriser la réussite scolaire Des coopératives scolaires mieux encadrées Jusqu’ici, les coopératives scolaires fonctionnaient sans cadre formalisé encadrant le partenariat entre les différents acteurs. L’adoption d’une convention vient clarifier cet environnement et sécuriser leur fonctionnement. Elle précise les responsabilités de chacun – institution, structure d’accompagnement, enseignants et parents – et renforce la transparence dans la gestion des fonds et des projets. L’objectif est double : prévenir les risques juridiques et garantir une utilisation conforme des ressources. Au-delà de cet aspect, les coopératives scolaires restent un outil éducatif à part entière. Elles permettent aux élèves de s’initier concrètement à la vie collective, à la gestion de projets et à la responsabilité. En structurant leur cadre, la collectivité entend pérenniser ce levier éducatif tout en l’adaptant aux exigences actuelles.

Avril - Mai 2026 | SUD'MAG #35 | 9 GRAND ANGLE périscolaire, pour recréer de l’engagement et du lien. Neuf écoles sont déjà engagées dans cette phase pilote, représentant plus de 1 700 élèves. En parallèle, une collation est distribuée chaque matin, intégrée à une approche éducative autour de l’alimentation. Les moyens mobilisés sont conséquents, avec plusieurs dizaines de recrutements en cours. Au-delà des dispositifs, une ligne se dessine : traiter les difficultés dans leur globalité, en tenant compte des réalités sociales et familiales. Le programme repose sur une coordination étroite entre institutions, communes et acteurs de terrain, avec une évaluation prévue pour mesurer ses effets dans la durée. L’enjeu est double : améliorer la réussite scolaire et restaurer un climat propice aux apprentissages. En pratique. Le déploiement du dispositif sera progressif : 9 écoles pilote sont d’ores et déjà engagées totalisant plus de 1 700 élèves (Renée-Fong primaire et maternelle à Dumbéa, Saint-Michel au Mont-Dore, Les Scheffleras primaire et maternelle à Païta, Adrienne Lomont, Isidore Noell – Gustave Mouchet, Desbrosse et Maurice Fonrobert à Nouméa), auxquelles il convient d’ajouter l’école de Thio en 2027. L’ambition est la couverture des 23 écoles prioritaires d’ici 2028. Les moyens humains consacrés au dispositif sont déjà importants avec 33 recrutements en cours grâce au soutien financier de l’Etat (199 MF par an pendant 5 ans) dans le cadre du Plan de relance, auxquels il faut ajouter des postes PPIC et de service civique. Financée au titre du dispositif de solidarité républicaine (DSR), mis en œuvre dans le cadre du prêt garanti par l’État (PGE) accordé à la Nouvelle-Calédonie et remboursé par celle-ci, cette mesure renforce l’engagement de la province Sud auprès des acteurs du secteur, des familles et de sa jeunesse. Des cantines mieux équipées Longtemps concentré sur les salles de classe, l’effort d’amélioration des conditions d’accueil s’étend désormais aux temps de pause, en particulier dans les réfectoires. Un angle souvent négligé, alors même que la pause méridienne joue un rôle déterminant dans la journée des élèves. Dans de nombreux établissements, les conditions thermiques des cantines restent difficiles. Chaleur, humidité, manque de ventilation : autant de facteurs qui altèrent le confort des enfants au moment du repas. Or, ce temps n’est pas neutre. Il conditionne la récupération physique, la capacité de concentration pour l’après-midi et, plus largement, le bien-être à l’école. L’extension du dispositif de climatisation aux réfectoires vise précisément à corriger cette situation. La province Sud renforce son soutien financier auprès des communes, avec un plafond relevé pour ces aménagements, afin de tenir compte des spécificités de ces espaces souvent plus vastes et plus complexes à équiper. L’objectif est de garantir des conditions acceptables tout au long de la journée scolaire, pas uniquement pendant les heures de classe. En améliorant le confort pendant les repas, il s’agit aussi de réduire la fatigue, d’apaiser les tensions et de favoriser un retour en classe dans de meilleures dispositions. Le dispositif est prolongé jusqu’en 2028 pour permettre aux communes de finaliser leurs équipements. Une mesure qui s’inscrit dans une logique plus large : considérer l’école dans toutes ses dimensions, y compris celles qui se jouent en dehors des temps d’enseignement. ,, 9 ÉCOLES PILOTE SONT D’ORES ET DÉJÀ ENGAGÉES TOTALISANT PLUS DE 1 700 ÉLÈVES. LES MOYENS HUMAINS CONSACRÉS AU DISPOSITIF SONT DÉJÀ IMPORTANTS AVEC 33 RECRUTEMENTS EN COURS GRÂCE AU SOUTIEN FINANCIER DE L’ÉTAT

10 | SUD'MAG #35 | Avril - Mai 2026 ,, DANS LES COMMUNES DU GRAND NOUMÉA, AUCUNE NOUVELLE OPÉRATION DE LOGEMENTS LOCATIFS PUBLICS N’EST PRÉVUE Au lendemain des événements de mai 2024, la province Sud a engagé un virage net en matière de politique de l’habitat. Face à un marché désorganisé et à une demande en recul, l’enjeu n’est plus seulement de produire, mais de produire autrement. La stratégie adoptée en septembre 2025 pose les bases : moins de densité dans le parc social, des règles d’attribution repensées, une meilleure prise en compte des situations spécifiques, la reprise de la résorption des squats et une réorientation des aides individuelles. Cette feuille de route s’accompagne désormais d’un outil central : une programmation pluriannuelle des logements. Pensée sur cinq ans, elle vise à fixer des objectifs de production réalistes, territoire par territoire, en cohérence avec les évolutions démographiques. Ce choix d’une temporalité quinquennale n’est pas anodin : il s’aligne sur le rythme du recensement, pour coller au plus près des besoins observés. Derrière cette mécanique, une volonté claire : reprendre la maîtrise. Car jusque-là, la stratégie ne s’imposait pas à toutes les étapes des projets, notamment lors de la reconnaissance du caractère social des opérations. Désormais, toute validation devra être conforme à la programmation, qu’il s’agisse d’aides à la production ou de requalification urbaine. Un modèle fragilisé. Le changement est d’autant plus marqué que la situation a profondément évolué. Là où, en 2022, les besoins étaient estimés à environ 1 000 logements à construire chaque année, complétés par une part issue de la remise sur Assemblée de Province Maîtriser la production de LOGEMENTS SOCIAUX

Avril - Mai 2026 | SUD'MAG #35 | 11 GRAND ANGLE le marché de logements vacants, la réalité actuelle est toute autre. Le modèle reposait alors sur un équilibre entre logements libres, accession aidée, locatif social et logements spécifiques, avec une forte concentration dans le Grand Nouméa. Aujourd’hui, les indicateurs ont basculé. Le taux de vacance atteint des niveaux élevés, y compris dans le parc social. Les prix de l’immobilier ancien reculent, et la demande diminue sous l’effet des départs de population et d’une précarisation accrue. Dans ce contexte, continuer à construire au même rythme reviendrait à alimenter un déséquilibre déjà installé. Un cadrage strict. La programmation transitoire pour 2026-2027 acte donc un ralentissement assumé. Dans les communes du Grand Nouméa, aucune nouvelle opération de logements locatifs publics n’est prévue. Dans d’autres secteurs, notamment enbrousse, unplafond est fixé à dix logements par an et par commune. Ce cadrage strict traduit une approche pragmatique : ajuster l’offre à la réalité du terrain plutôt que poursuivre une logique de volume. La gouvernance du dispositif se veut également plus structurée. Le comité de l’habitat de la province Sud est associé pour avis, tandis que les collectivités et les opérateurs sont intégrés dans la définition des volumes. La programmation est ensuite validée par l’assemblée, avec la possibilité d’ajustements annuels pour tenir compte des évolutions. Ajustements techniques. Au-delà du pilotage de la production, des ajustements techniques viennent compléter l’ensemble. Le cadre des aides à l’accession est précisé, notamment pour les dispositifs liés à la rénovation, avec des délais encadrés pour le dépôt des demandes et des exigences en matière d’assurance. En creux, c’est une nouvelle philosophie qui s’installe. Moins quantitative, plus ciblée, et surtout plus réactive. La production de logements sociaux n’est plus envisagée comme une réponse automatique, mais comme un levier à manier avec précision. Dans un contexte incertain, la province Sud choisit de resserrer les lignes. Reste désormais à mesurer, dans les prochaines années, l’impact de cette stratégie sur l’équilibre du marché et sur les parcours résidentiels des ménages. Christophe Bergery, secrétaire général adjoint de la province Sud en charge du pôle développement et épanouissement de la personne Pourquoi renforcer le cadre des opérations de logement social ? Jusqu’à présent, la stratégie habitat ne s’appliquait pas à toutes les étapes des projets, notamment lors de la reconnaissance du caractère social. Cela limitait la capacité de pilotage. Désormais, l’ensemble des opérations devra s’inscrire dans une programmation validée, ce qui permet d’assurer une cohérence globale entre les besoins identifiés et les projets engagés. Quel rôle joue la programmation territorialisée ? Elle permet de raisonner à l’échelle des communes, en tenant compte de leurs spécificités. L’objectif est de fixer des volumes de production en concertation avec les collectivités et les opérateurs, puis de partager ces orientations au sein du comité de l’habitat. Ce travail collectif garantit une meilleure adaptation des décisions aux réalités locales. Quelles évolutions pour les aides à l’habitat ? Les dispositifs sont ajustés pour gagner en clarté et en efficacité. Par exemple, pour l’accession-rénovation, les délais de dépôt des demandes sont désormais encadrés et des garanties supplémentaires sont demandées. 3 QUESTIONS À... Avant 2024, une logique de production soutenue Le plan provincial du logement et de l’habitat adopté en 2022 estimait les besoins en moyenne à 1 000 logements à construire chaque année, complété par une part issue de la remise sur le marché de biens vacants. La répartition prévoyait 40 % de logements privés libres, 30 % en accession aidée, 20 % de locatif aidé et 10 % de logements spécifiques. La majorité de la production était concentrée dans le Grand Nouméa, avec une part largement majoritaire dans l’agglomération. Une programmation désormais encadrée La nouvelle programmation pluriannuelle repose sur une logique territorialisée. Elle fixe les besoins par commune, détermine les volumes en concertation avec les acteurs locaux et impose que toute opération de logement aidé respecte ce cadre. Le comité de l’habitat est consulté à chaque étape, et l’assemblée de la province Sud valide les orientations, avec des ajustements possibles chaque année. Des règles ajustées pour les aides Le dispositif d’aide à l’accession évolue. Pour les projets en accession-rénovation, les ménages doivent désormais déposer leur demande dans un délai de 15 jours après la signature du compromis de vente et fournir les garanties d’assurance nécessaires.

12 | SUD'MAG #35 | Avril - Mai 2026 Les pharmaciens dans le dispositif Face aux difficultés persistantes de recrutement dans les officines, la province Sud a examiné un nouveau dispositif destiné à soutenir les professionnels du secteur et à préserver l’accès aux soins de proximité. Intégré à la démarche SudSanté, ce projet vise à répondre à une réalité désormais bien installée : pénurie de pharmaciens assistants, manque de préparateurs et rotation élevée des équipes. Dans un contexte marqué par les contraintes géographiques et économiques propres au territoire, la collectivité propose une réponse structurée, articulée autour de deux leviers complémentaires. D’un côté, une aide à l’installation destinée aux professionnels recrutés. Elle prévoit la prise en charge du transport aérien, dans la limite de 150000 F CFP, ainsi qu’une prime forfaitaire. En contrepartie, les bénéficiaires devront s’engager sur une durée minimale d’exercice en province Sud. De l’autre, un soutien direct aux officines, avec une aide au recrutement couvrant une partie des charges patronales sur une période variable selon la durée du contrat. Ce mécanisme, limité à deux postes par structure, cible en priorité les pharmacies confrontées aux plus fortes tensions, notamment dans les zones les moins attractives. Au-delà de l’effet immédiat sur l’emploi, l’enjeu est clair : stabiliser les équipes, sécuriser le fonctionnement des officines et garantir une continuité des soins sur l’ensemble du territoire. Une approche pragmatique, qui traduit la volonté de la collectivité de maintenir un maillage sanitaire efficace, sans promesses excessives, mais avec des outils concrets. Présente au Salon Infirmier 2026 à Paris, la province Sud est venue promouvoir ses opportunités d’exercice en Nouvelle-Calédonie et présenter son dispositif SudSanté. Dès la première journée, le stand a attiré un public varié : étudiants en soins infirmiers, jeunes diplômés, cadres de santé et professionnels expérimentés en recherche de mobilité. Les échanges ont porté sur les perspectives professionnelles offertes sur le territoire provincial, mais aussi sur les conditions concrètes d’installation. Stages, premières expériences ou projets de reconversion : de nombreux visiteurs ont manifesté un intérêt pour une installation en Nouvelle-Calédonie. Le dispositif SudSanté a particulièrement retenu l’attention. Il propose plusieurs leviers d’accompagnement, notamment la prise en charge des billets d’avion, une aide au logement, une prime d’installation, ainsi que des avantages liés aux loisirs. Des dispositifs spécifiques existent également pour certaines spécialités en tension, comme les infirmiers de bloc opératoire (IBODE) et les infirmiers anesthésistes (IADE). La deuxième journée a confirmé cette dynamique. Jeunes diplômés, professionnels en activité ou personnes en reconversion, notamment issues du milieu militaire, sont venus s’informer sur les modalités d’exercice et les conditions de vie sur le territoire. Les équipes présentes ont apporté des réponses sur les dispositifs d’accompagnement et les parcours d’installation, permettant d’éclairer les projets professionnels des candidats. Cette participation confirme l’intérêt suscité par la province Sud auprès des professionnels de santé et l’attractivité du territoire pour de nouveaux parcours. Aide à la mobilité. Attirer des soignants là où ils manquent, c’est tout l’enjeu de cette aide à la mobilité portée par la province Sud. Le dispositif cible les étudiants infirmiers formés hors territoire et les incite à effectuer leur stage de fin d’études en NouvelleCalédonie. Derrière cette mécanique financière, une stratégie claire : renforcer l’attractivité des structures de soins locales et préparer l’installation durable de futurs professionnels de santé. Concrètement, l’aide repose sur deux leviers. D’abord, une indemnisation de stage pouvant atteindre 110000 francs par mois. Si une indemnité de l’État est déjà perçue, la province Sud vient compléter pour atteindre ce montant. Ensuite, la prise en charge de jusqu’à trois billets d’avion en classe économique, dans la limite de 140000 francs par trajet : un aller pour venir en stage, un retour pour passer les examens, puis un dernier billet pour débuter un premier emploi sur le territoire. Le dispositif s’adresse aux étudiants en dernière année de formation, en soins infirmiers ou en bloc opératoire, inscrits dans un établissement hors Nouvelle-Calédonie. Ils doivent disposer d’une convention de stage locale et, pour les formations à l’étranger, d’une autorisation d’exercice. En contrepartie, un engagement : exercer au moins un an sur le territoire après l’obtention SUDSANTÉ, Un dispositif gagnant-gagnant

Avril - Mai 2026 | SUD'MAG #35 | 13 SUR LE TERRAIN Un dispositif renforcé contre la désertification La province Sud poursuit l’adaptation de ses outils pour répondre à la raréfaction des professionnels de santé. Depuis 2023, sur plus de 70 dossiers de demandes d’aides traitées, c’est plus d’une vingtaine de cabinets de praticiens médicaux ou paramédicaux qui ont pu bénéficier d’une aide à l’installation (ou réinstallation suite aux émeutes de mai 2024) ; ou d’aides à de l’équipement, ou rééquipement médical, dans un contexte où réinvestir dans la qualité des soins se réfléchit économiquement à deux fois. L’effort financier pour la province Sud s’élève à près de 52 millions CFP. Face à ces enjeux, les élus ont voté le 24 avril dernier lors de l’Assemblée de province un renforcement de l’aide à l’installation et à l’équipement des praticiens libéraux, avec un objectif affiché : consolider l’offre et maintenir la qualité des soins sur l’ensemble du territoire. Première évolution, l’élargissement du périmètre. Désormais, presque toute la Province devient éligible aux aides, à l’exception du sud de Nouméa, moins concerné par les tensions. Deuxième changement, l’ouverture à un plus large éventail de professionnels, y compris ceux exerçant en nom propre, afin de mieux coller aux réalités du terrain. En parallèle, les conditions d’attribution sont resserrées. Installation effective, volume d’activité minimum, respect des obligations sociales et fiscales, prise en charge de certains publics : les bénéficiaires devront répondre à des critères précis. En cas de manquement, des mécanismes de remboursement sont prévus ». Se former au métier d’infirmier, une indemnité pour reprendre le chemin des études Reprendre des études en santé après 28 ans relève souvent du pari financier. Pour lever cet obstacle, la province Sud propose une indemnité destinée aux aides-soignants en reconversion et aux demandeurs d’emploi engagés dans une formation infirmière à l’IFPSS-NC. Une aide ciblée, qui vise à sécuriser des parcours de formation longs, tout en répondant aux besoins du territoire. Le dispositif s’adresse aux personnes résidant en province Sud depuis au moins six mois, inscrites en formation en soins infirmiers. Les aides-soignants en reconversion échappent à l’obligation d’inscription comme demandeur d’emploi. Tous bénéficient du statut de stagiaire de la formation professionnelle continue, avec une couverture sociale associée. L’indemnité mensuelle est fixée à 38 % du SMG. Elle est versée pendant toute la durée de la formation, dans la limite de trois ans, avec possibilité d’une année supplémentaire en cas de redoublement. Elle n’est pas cumulable avec une allocation chômage ou une autre aide à la formation. Le versement repose sur l’assiduité, contrôlée chaque mois par l’IFPSS : absences non justifiées, abandon ou changement d’orientation entraînent l’arrêt immédiat de l’indemnisation. L’accès au dispositif est encadré. Il faut notamment justifier d’un refus d’aide du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, ne pas avoir déjà bénéficié de 36 mois de prise en charge, et s’engager à exercer en province Sud pendant au moins deux ans après l’obtention du diplôme. Derrière ce mécanisme, une logique simple : permettre à des profils déjà engagés dans le soin de franchir une étape supplémentaire, sans que la question financière ne vienne tout arrêter. Valable jusqu’au 31 décembre 2027 du diplôme. Valable jusqu’au 31 décembre 2027, cette aide se veut simple d’accès, avec une demande possible à tout moment. Un coup de pouce assumé, pour transformer un stage en installation durable. Mathilde, infirmière à l’unité de néphrologie de Nouvelle-Calédonie, fait partie des soignants venus s’installer en province Sud avec l’appui du dispositif d’aide à l’installation. Originaire de la région parisienne, elle a construit son parcours entre psychiatrie, médecine générale, gériatrie, puis plusieurs expériences ultramarines, de La Réunion à Mayotte, en passant par Madagascar et la Guyane. Son arrivée en Nouvelle-Calédonie s’inscrit dans cette trajectoire de mobilité et d’engagement. À l’U2NC, où elle se forme à la dialyse, l’accompagnement de la province Sud a constitué un appui concret pour franchir le cap de l’installation. « Ce dispositif a joué un rôle déterminant dans mon installation. J’ai rencontré beaucoup de personnes qui étaient venues avec un billet aller… et qui sont encore là plusieurs années après. Bienvenue à tous les soignants. Ici, chacun peut trouver sa place et son équilibre ». KIT attractivité, attirer des soignants, concrètement. Dans un contexte de pénurie de personnels de santé, la province Sud mise sur un levier direct : faciliter l’installation des infirmiers recrutés hors territoire. Avec le KIT attractivité, elle cible un moment clé, souvent décisif, celui de l’arrivée. Objectif : transformer une prise de poste en installation durable. Le dispositif s’adresse aux infirmiers diplômés recrutés dans un établissement privé de la province Sud, n’ayant pas résidé en Nouvelle-Calédonie au cours des deux dernières années. En contrepartie, ils s’engagent à exercer sur le territoire pendant au moins 18 mois. Deux formules sont proposées. Le kit individuel comprend une aide au transport de 150000 francs, une prise en charge du loyer de 130000 francs par mois pendant trois mois, ainsi qu’une prime d’installation de 190000 francs. À cela s’ajoutent trois cartes cadeaux dédiées aux activités de loisirs. Le kit famille prévoit un accompagnement renforcé : 450000 francs pour le transport, 200000 francs de loyer mensuel sur trois mois, la même prime d’installation et quatre cartes cadeaux. Maëlle est infirmière en dialyse à l’unité de néphrologie de NouvelleCalédonie. Le kit l’a « aidé sur l’installation, notamment pour l’achat des meubles, la voiture, tout ce qu’ondoitmettre enplace quand on arrive. Lors de l’entretien d’embauche, on nous a parlé des émeutes, de la situation sur le territoire. Rien n’est caché, on sait où onmet les pieds. On a une formation sur la culture locale, sur les codes, le tutoiement, le vouvoiement… Ça aide vraiment à mieux comprendre les patients ». Le dispositif intègre également une prime complémentaire de 500000 francs pour les infirmiers recrutés dans deux spécialités identifiées en tension : bloc opératoire et anesthésie.Derrièrecesmontants,unelogique opérationnelle : lever les freins immédiats à l’installation — logement, équipement, coût du déplacement — et sécuriser les premiers mois. Un investissement ciblé, dans un secteur où chaque recrutement compte. Ces dispositifs sont applicables jusqu'au 31 décembre 2027. ,, ATTIRER DES SOIGNANTS LÀ OÙ ILS MANQUENT, C’EST TOUT L’ENJEU DE CETTE AIDE À LA MOBILITÉ PORTÉE PAR LA PROVINCE SUD.

14 | SUD'MAG #35 | Avril - Mai 2026 Le handicap en chiffres Derrière les dispositifs, une réalité mesurable. En Nouvelle-Calédonie, plusieurs indicateurs permettent de mieux cerner les enjeux liés au handicap et à l’insertion professionnelle. Plus de 4 600 personnes ont demandé une reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, dont plus de 3 300 en province Sud. Une progression notable ces dernières années, qui traduit à la fois une meilleure identification des situations et des besoins croissants. Sur le front de l’emploi, l’écart reste marqué. En province Sud, un peu plus de 500 demandeurs d’emploi en situation de handicap sont recensés, soit environ 3 % des inscrits. Leur taux de placement atteint 7 %, contre 25 % pour la population générale. Le profil de ces demandeurs éclaire en partie ces difficultés : 77 % ont un niveau CAP ou inférieur, près de 60 % ont moins d’un an d’expérience, et seuls 29 % disposent du permis de conduire. Des freins cumulés, entre qualification, mobilité et accès au marché du travail. Côté entreprises, près de 500 employeurs sont soumis à l’obligation d’emploi de travailleurs handicapés, dont une large majorité en province Sud. Pourtant, plus de la moitié répondent encore à cette obligation par une contribution financière plutôt que par l’embauche directe. Enfin, les travailleurs handicapés en emploi présentent eux aussi des caractéristiques spécifiques : une majorité a plus de 46 ans et occupe principalement des postes d’employés ou d’ouvriers. Source : Rapport d’activités 2024 du Fonds pour l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap (FIPH) Entre accompagnement individuel, maintien à domicile et réseau de structures spécialisées, la province Sud ajuste ses dispositifs pour répondre à des besoins évolutifs et limiter les ruptures. Le handicap ne se résume pas à une situation figée. Il traverse les parcours de vie, les fragilise parfois, les complexifie souvent. En province Sud, la question centrale reste celle de la continuité : accompagner sans rupture, dans un environnement où les besoins évoluent. L’action publique repose d’abord sur des aides individuelles, destinées à soutenir le quotidien : accompagnement humain, adaptation du logement, accès à des équipements. Ces dispositifs visent à préserver l’autonomie et à permettre le maintien dans le cadre de vie habituel. Ils constituent souvent le premier niveau de réponse, au plus près des situations. Réseau. En parallèle, un maillage d’établissements et de services médicosociaux prend le relais selon les besoins. Foyers d’hébergement, maisons d’accueil spécialisées, services d’accompagnement à la vie sociale ou médico-sociale : ces structures proposent des réponses diversifiées, allant de l’accueil permanent à un suivi en milieu ouvert. Elles assurent un cadre structurant pour les situations les plus complexes et contribuent à stabiliser les parcours. Le maintien à domicile reste un point d’équilibre important. Il suppose une coordination entre professionnels, familles et services, avec des interventions adaptées. Cette organisation répond à une attente forte, tout en limitant les situations de rupture. Àmi-chemin entre domicile et établissement, l’accueil familial apporte une solution complémentaire. Des accueillants agréés hébergent à leur domicile des personnes âgées ou en situation de handicap, dans un cadre de vie plus individualisé. Ce dispositif encadré permet de diversifier les réponses, notamment lorsque le maintien à domicile devient difficile sans nécessiter une orientation vers une structure. Équilibre. Le rôle des associations complète cet ensemble. Présentes sur l’ensemble du territoire, elles interviennent dans l’accompagnement, le soutien aux familles, l’animation ou encore l’inclusion sociale. Leur action s’inscrit dans une logique de proximité et vient renforcer l’offre existante. Dans le même temps, les besoins évoluent. Vieillissement des personnes en situation de handicap, diversification des profils, attentes accrues en matière d’autonomie : les dispositifs doivent s’adapter. Cela passe par des ajustements réguliers, tant dans les modalités d’accompagnement que dans l’organisation de l’offre. Enfin, la question de l’inclusion reste en filigrane. Accès à l’emploi, à la formation, à la vie sociale : ces enjeux dépassent le seul cadre médico-social et impliquent unemobilisation plus large. HANDICAP : tenir le fil des parcours

Avril - Mai 2026 | SUD'MAG #35 | 15 ACTUALITÉS Mike (nom d’emprunt), 44 ans, revient de loin. À 32 ans, alors qu’il travaille dans un dock pour une entreprise de BTP, sa vie bascule : une première crise d’épilepsie marque le début d’un long combat. Dix ans de lutte, de rejet et de dépression suivent, jusqu’au jour où le soutien de sa famille et l’accompagnement de la Direction de l’emploi et du logement de la province Sud lui redonnent espoir. Un parcours bouleversant que Mike nous partage avec message fort : « La vie mérite d’être vécue. La maladie n’est pas un mur infranchissable. Il y a toujours un endroit où l’on peut trouver sa place et des réponses ». FACE À LA MALADIE : le parcours de Mike Témoignage Un début de vie active marqué par la détermination Dès l’âge de 16 ans, Mike décide d’entrer dans la vie active : « Même si l’école n’était pas faite pour moi et que mes parents ne m’ont pas lâché, il fallait que je me lève pour aller travailler. » Il suit alors une formation d’un an et huit mois au CFA en MVA, spécialisée dans la mécanique sur véhicules automatisés. À 19 ans, il postule pour un emploi, mais l’entretien se passe mal. Il ne baisse pas les bras et finit par être embauché dans une entreprise de BTP. À 25 ans, Mike décroche son permis, devient chauffeur-livreur et est embauché. Pendant sept ans, il progresse avec ambition et persévérance. Il obtient son permis de conducteur de grue et se distingue par sa volonté de réussir : « Sur les 36 employés inscrits, nous étions deux à réussir le permis », se souvient-il avec fierté. Mais tout s’arrête brutalement à 32 ans, lorsque la première crise d’épilepsie survient : « Je n’ai pas compris ce jour-là ce qui m’arrivait. Les médecins non plus. Je n’avais aucun symptôme ni aucune prédisposition à cette maladie. Encore aujourd’hui, je ne sais pas pourquoi la vie m’inflige cela », raconte-t-il. Du jour au lendemain, il est licencié, isolé, sans aide ni reconnaissance : « Malgré ma volonté de m’en sortir, j’ai fini par perdre pied parce que je suis devenu inutile aux yeux de l’employeur et de la société. »Desmots durs qui résument dix années de rejet et de dépression. Une lente reconstruction grâce à la famille et à la DEL Après des années de solitude et de débrouille, Mike retrouve le soutien vital de sa famille. « J’ai connu les squats, l’injustice et l’isolement social… Puis, mes parents prenant de l’âge, je suis retourné chez eux pour m’en occuper. J’ai renoué avec mes racines, et c’est cela qui m’a sauvé. Mes parents m’ont dit : tu peux trouver ta place. » Encouragé par sa famille, Mike pousse les portes de la DEL en 2021. Mais c’est véritablement en 2025 qu’il décide de se lancer, avec le soutien des équipes de la DEL et d’HANVIE : « Une révélation », témoignet-il. « Je me suis retrouvé grâce à la confiance tissée avec les équipes et je les en remercie. » En août 2025, il décide de suivre une remise à niveau en informatique, toujours avec l’accompagnement des agents de la DEL et de ses partenaires. En novembre, il décroche sa certification. Une renaissance : « Je me suis senti revivre. Cela a été un déclic, gratifiant et valorisant. Je me suis dit que je pouvais encore faire des choses. » Entre-temps, il participe à un atelier sur le savoir-être proposé par la DEL : « Cela a été salvateur. Je m’étais perdu et, avec cet accompagnement, je me suis retrouvé. Cela m’a fait du bien et m’a redonné espoir. » Vers un nouveau chapitre professionnel Aujourd’hui, Mike a postulé à un poste dans la logistique à Nouméa. Il sait qu’il peut compter sur la DEL pour accompagner sa démarche et appuyer son dossier. Son parcours est la preuve que tout est possible : « Je m’adresse à toutes celles et ceux qui combattent la maladie : gardez espoir. Il y a toujours un chemin possible, même face à l’adversité. » Mike inspire le courage et rappelle que, malgré les épreuves, il existe des chemins vers la réussite et la dignité.

16 | SUD'MAG #35 | Avril - Mai 2026

Avril - Mai 2026 | SUD'MAG #35 | 17 ACTUALITÉS Dans le cadre de son engagement en faveur de l’égalité des chances, la province Sud poursuit le déploiement de son programme de mentorat en proposant aux jeunes bénéficiaires des immersions concrètes dans le monde professionnel. Première visite de l’année : une après-midi placée sous le signe de la découverte scientifique, à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Douze élèves de la 4e à la seconde ont participé à cette visite, accompagnés par Christel Berger, chargée de mission reconversion et mentorat à la province Sud, Stéphanie Courjault, professeur coordonnateur du mentorat au collège François Ollivaud et Cécile Chamboredon, mentor d’une élève de seconde. Ils ont pu découvrir plusieurs plateformes de recherche : la plateforme du vivant, dédiée notamment aux analyses en biologie moléculaire. L’herbier de NouvelleCalédonie, qui recense plus de 100 000 espèces végétales. Et enfin le laboratoire des moyens analytiques, où sont étudiés sols, eaux, coraux et tissus biologiques marins. Les scientifiques ont également partagé leurs parcours, leurs métiers et leur quotidien, offrant aux jeunes une vision concrète des débouchés scientifiques. Une approche essentielle pour susciter des vocations, tout en sensibilisant aux enjeux du climat, du développement durable et de la préservation de la biodiversité. Lancé en 2023, le dispositif de mentorat de la province Sud s’adresse à des collégiens dès la classe de 5e et vise à accompagner des jeunes dont les conditions de vie ne leur permettent pas toujours d’exprimer pleinement leur potentiel. Ce mentorat repose sur un suivi individualisé, de la5e à la terminale, assurépar des mentors issus du monde professionnel. Les élèves bénéficient également d’un accompagnement éducatif et d’actions collectives qui enrichissent leur connaissance des métiers et des environnements de travail. Les jeunes sont sélectionnés sur la base de leurs résultats scolaires, de leur attitude en classe et de leur motivation, ce qui garantit l’engagement des participants. Télémaque. Pour structurer ce programme, la province Sud s’appuie sur l’expertise de Télémaque, association pionnière du mentorat en France depuis plus de vingt ans. Cette association développe un modèle fondé sur la coopération entre l’école et l’entreprise, permettant aux jeunes de bénéficier d’un accompagnement global, à la fois scolaire, culturel et professionnel. En NouvelleCalédonie, l’association apporte son savoirfaire méthodologique et accompagne la mise en œuvre du dispositif, en veillant à la qualité du suivi et à la pertinence des actions proposées. Lors de cette visite, les jeunes ont eu l’occasion de rencontrer Roger Peltier, membre fondateur de Télémaque qui soutenu le déploiement du projet localement. Structurant. Le mentorat est aujourd’hui déployé dans deux établissements : le collège François Ollivaud à Nouméa et le collège Jean-Fayard à Dumbéa. À travers ce programme, la province Sud entend donner aux jeunes les clés pour construire leur avenir, en élargissant leur horizon et en renforçant leur ambition. Prochaine étape, le recrutement de la nouvelle promotion de 5e, afin de poursuivre ce dispositif au service de la réussite et de l’émancipation des jeunes Calédoniens. MENTORAT, le champ des possibles pour les jeunes Calédoniens

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